le mensuel des Lettres et des Symboles

Numéro 23 - Novembre 2004

N°22

N°24


Ami, vous qui êtes de passage…
 
Vous êtes convié à venir visiter régulièrement notre site.
 
Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « la Tradition », des articles inédits, des poèmes, des études historiques, des manuscrits et des symboles graphiques…  

 

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La vérité sur le monstre de Venelles

Nous avons reçu suite à notre publication (voir la LdThot No 21) sur Venelles, petit village provençal proche d’Aix-en-Provence, un abondant courrier e-mail, nous interrogeant dubitativement sur la véracité des informations données sur ce site, tout en en considérant bien sûr, le remarquable aspect plastique, chromatique, animations et liens réussis, ambiance ténébreuse et mystérieuse à souhait, comme il se doit…. pour ce genre de pages web.

voir sur: http://perso.club-internet.fr/regisdangelo/venelles/index.htm

Nous n’avions pas à l’époque jugé bon de mettre en garde nos lecteurs qu’il s’agissait d’un FAKE (1), tant les informations données, très superficielles dans leur analyse, avec parfois même des erreurs facilement discernables pour le lecteur, (même peu aguerri à ce genre de montage), voir la page « Grimoires » où l’analyse des livres cités (ce n’est pas notre ami JC Faure, libraire ésotérique à Venelles - justement - qui nous contredira) est vraiment risible, mais là l’auteur est pris à son propre piège ! Tout ceci nous semblait aisément identifiable. La page d’accueil du site d’ailleurs donnait le ton, humour décapant, graphisme flashy, images décalées et détournées de leurs contextes, bande son tapageuse, tout était là pour nous séduire, le canular était remarquablement bien construit, et suffisamment au second degré, les références à Lovecraft omniprésentes indiquaient bien le «  poisson d’avril  », gros comme un Rôdeur devant le Seuil…(2) Sur le site, Cthulhû est parmi nous, au même titre que les Templiers, bien entendu, rajoutons un soupçon de Franc-Maçonnerie, de sociétés secrètes, d’enlèvements par des … extra-terrestres, en toile de fond le mystère de Rennes-le-Château est suggéré… est le tour est joué, de fort belle manière… pour les plus naïfs des surfeurs. (Il faudrait être un X-man ou un être supra-doué pour ressentir les effets terriblement négatifs se dégageant de ce charmant village où l’haleine méphitique et fétide du monstre de Venelles n’empeste rien d’autre … que le pastis.)

D’ailleurs aucun de nos lecteurs de la LdThot, semble-t-il, ne s’y est laissé prendre et c’est tant mieux… mais encore bravo à son auteur, Régis d’Angelo, un pseudo bien sûr, (le roi des Anges…au milieu des monstres), qui par son travail d’auteur, de graphiste et d’infographiste exceptionnel a su réveiller un Web bien trop somnolent, crédule à toute chose et aphone.

Nous en redemandons monsieur d’Angelo ! Et encore merci…

« C’est avec rigueur, méthode et discernement qu’avance la lanterne qui porte l’homme. » Shian Tsu (Ve siècle)

Thierry E Garnier – © la Ld Thot No 23, novembre 2004.

En illustration : Sully de Monstres & Co.
Mesurant 2.40 m de haut, Sully est un grand monstre sympathique recouvert d'une fourrure turquoise avec des tâches violettes (qu'il tient de sa mère) et a une paire de cornes sur le dessus de la tête (qu'il tient de son père). Il est plein d'énergie et a confiance en lui. Grâce à l'entraînement rigoureux auquel le soumet Bob, son attaché de stress, il entretient sa puissance, sa vitesse ainsi que ses excellents réflexes.
Voir aussi sur : http://perso.wanadoo.fr/djoul3/monstres&cie/

(1) FAKE : Faux et usage de faux ; c'est le champ lexical auquel fake appartient parce que ce mot signifie en toc, un faux. Ensuite vient le verbe to fake qui a pour sens faire semblant, simuler. Enfin, le verbe to fake someone out : tromper quelqu'un. Voir sur : http://perso.wanadoo.fr/argot/word/fake.htm

(2) Arcadia déconseille fortement la lecture de ce site aux personnes sensibles, aux mineurs… et aux pèlerins de tous poils n’ayant jamais lu Howard Philips Lovecraft (1890-1937), voir aussi sur : http://www.cafardcosmique.com/auteur/lovecraft.html

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A-t-on découvert
le secret du manuscrit Voynich ?


Le manuscrit Voynich est un de ces mystères que nous laisse l'histoire et dont il semble, même après un siècle d'étude, qu'il restera scellé à tout jamais.

Ce célèbre manuscrit fit son apparition sous les feux de l'actualité en 1912 quand Wilfrid M. Voynich, antiquaire spécialisé en livres anciens fit l'acquisition en Europe d'un lot de manuscrits médiévaux. Dans ce lot, il remarque un codex (1) illustré de 234 pages dont l'écriture ne ressemble à rien de ce qu'il connaît. Il le ramène aux États-Unis et tente d'en déchiffrer le texte, puis devant son incapacité à le faire, il fait appel à ce que son époque compte de plus érudits historiens, cryptographes et autres paléographes, mais sans succès.

Aujourd'hui, près d'un siècle plus tard, malgré les centaines de personnes qui se sont acharnées à décoder ce texte, malgré le matériel sophistiqué qui a été consacré à ce déchiffrement, malgré les milliers d'heures passées à l'étudier, nous en sommes toujours au même point : pas un seul mot de ce manuscrit du XVe siècle n'a été formellement identifié et encore moins compris.

Il faut dire que le problème est ardu : l'origine de ce livre est des plus vagues ; on a trouvé à l'intérieur une lettre datant de 1666 de Johannes Markus Marci de Kronland, recteur de l'Université de Prague à destination du célèbre jésuite Athanasius Kircher, lui offrant le manuscrit en lui demandant de le déchiffrer et précisant qu'il avait été acheté par l'empereur Rudolf II de Bohême pour la somme astronomique à l'époque de 600 ducats soit trois kilos et demi d'or et environ 50000 euros d'aujourd'hui. Le manuscrit lui aurait été vendu par Edward Kelly (2), mercenaire, alchimiste et mystique que l'empereur côtoyait souvent à la cour. Des études approfondies ont permis de reconstituer de manière à peu près sûre la chaîne des possesseurs depuis Rudolf II jusqu'à Voynich mais elle ne nous donne aucun éclaircissement ni sur le scribe, ni sur les signes ni sur la langue qui les sous-tend.

Comme habituellement dans ce genre de cas, on ne se trouve pas devant un manque d'explications, mais, au vu du nombre important de personnes qui se sont penchées sur le problème, plutôt devant un amoncellement de théories la plupart du temps contradictoires entre elles. Certaines personnes, dont Voynich lui-même, pensaient qu'il s'agissait d'un livre du XIIIe siècle écrit par Roger Bacon, ce qui en aurait fait un témoignage inestimable sur ce moine, mais aurait également contenu une somme colossale d'anachronismes.

Malheureusement, aucune preuve ne pu jamais être apportée en ce sens et cette hypothèse est aujourd'hui abandonnée.



Avec le temps et l'amélioration des analyses linguistiques, les théories se sont faites de plus en plus nombreuses et parfois également de plus en plus alambiquées. En voici quelques unes en vrac : il se serait agit d'un livre de prière d'un culte d'Isis issu des Cathares (mais cela n'aide pas à comprendre le texte plus avant et les quelques éléments concrets ont été démentis par les spécialistes des Cathares), ou bien il s'agirait d'un livre écrit par des rebelles ukrainiens en proto-slave mais sans les voyelles (pourquoi sans les voyelles ? Le texte ainsi « traduit » semble de toute façon une suite de mots sans queue ni tête, toute aussi incompréhensible que le texte original). D'autres experts ont reconnu dans une illustration une vue de dessus de notre galaxie (on peut se demander comment ils ont une idée de ce à quoi ressemble notre galaxie vue de dessus…) Bien entendu, la plupart de ces théories, bâties dans notre monde moderne, supposent que le ou les scribes ont eu accès à des techniques très sophistiquées et des sources d'information très en avance sur leur époque, voir sur la nôtre.

L'utilisation du décryptage informatique n'a pas eu plus de succès. Tout au plus sait-on de façon à peu près sûre que la répartition des lettres ressemble réellement à celle d'un langage en général, mais à aucun langage connu en particulier. Certaines particularités distinguent le texte de tout ce à quoi les analystes sont habitués : certaines lettres ou syllabes assez fréquentes par endroit « disparaissent » totalement pendant de longs passages, ce qui a fait conclure à certains qu'il s'agissait en fait de plusieurs langages écrits avec le même alphabet. On observe également un grand nombre de mots répétés deux voir même trois fois à la suite, ce qui ne s'est jamais vu dans aucun langage connu, sur Terre en tout cas. Certaines lettres ou syllabes n'apparaissent que sur la première ligne des paragraphes, d'autres uniquement en début de ligne et d'autres uniquement en fin de ligne, ce qui a fait dire à certains qu'il s'agissait de prières ou de poèmes. Il faut également compter avec le fait que tous les experts ne sont pas d'accord sur la façon de découper les mots en syllabes ou en lettres, ce qui fait que l'écriture utilisée compterait entre vingt lettres, ce qui la qualifie pour être un alphabet, et cinquante lettres, ce qui ferait plutôt pencher la balance en faveur d'un syllabaire, quoique assez réduit.

Enfin la dernière théorie est que le manuscrit soit un faux, écrit afin de pouvoir être vendu pour une somme fabuleuse à Rodolphe II, dont l'intérêt pour le mystère et l'inexpliqué était connu à l'époque. On buttait sur le problème de la vraisemblance du langage qui devait pouvoir être produit avec les moyens et les connaissances du XVe siècle, sans ordinateurs ni lois de la linguistique. Mais un professeur d'université, Gordon Rugg, vient de publier un article qui apporte quelques pierres à l'édifice de la théorie de la fraude.


Gordon Rugg, sa plume d'oie et sa grille de Cardan

Plutôt que d'essayer de comprendre le contenu du manuscrit, il s'est mis à la place de quelqu'un ayant à l'écrire. Il a donc compulsé les traités de cryptographie du XVe siècle et a trouvé dans un ouvrage de l'époque la description de la « grille de Cardan », un dispositif très simple (3) qui permet de produire un texte tout à fait semblable à celui du manuscrit Voynich et qui reproduit même les répétitions de mots et les disparitions de lettres, phénomènes qui étaient restés jusque là totalement inexpliqués dans le texte original. Le professeur Rugg, qui a dû pour cela apprendre à écrire à la plume d'oie, affirme qu'avec un peu d'habitude, on peut arriver à écrire un manuscrit de cette longueur en trois mois. Cependant, à ce jour, il n'a pas pu reconstruire la ou les grilles de Cardan ni les règles qui auraient pu arriver à produire le texte exact du manuscrit original.

Le manuscrit Voynich est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Beinecke des Livres Rares de l'université de Yale, qui ne diffuse malheureusement que de mauvaises reproductions de quelques pages. Ce manuscrit garde donc son mystère et peut, pour un temps encore, nous faire rêver à une époque où un monarque, certes richissime, pouvait donner une somme astronomique pour un livre qu'il n'arrivait pas à lire mais qui devait représenter pour lui le mystère de la connaissance inaccessible. Mais il ne faut pas que la recherche de la signification hypothétique du texte nous cache la formidable beauté de cet ouvrage. Le texte (voir les liens en fin d'article) est écrit dans une calligraphie magnifique dont le scribe semble avoir une parfaite maîtrise, et les illustrations sont d'une profonde originalité de thème et de réalisation, toutes à la fois précises et naïves, où tout un chacun peut voir des fleurs, des motifs géométriques abstraits ou …notre galaxie vue par le dessus ?



La galaxie vue de dessus ?

" Un mystère révélé ne sert plus à rien."
Cubito

Pierre François Besson © – article inédit pour la LdThot No23 - novembre 2004

Illustrations © Universite de Yale & Wired Magazine

Les site en français sur le manuscrit Voynich sont peu nombreux,
http://www.almaleh.com/voynichf.htm

semble le plus fourni et vous trouverez des liens sur
http://www.geocities.com/ctesibos/francais/voynich/sites.htm
.
Pour les sites en anglais,
http://www.voynich.nu/

est un site très complet, l'article paru dans Wired est à
http://www.wired.com/wired/archive/12.09/rugg.html

et surtout un site de liens incontournables :
http://www.dcc.unicamp.br/~stolfi/voynich/


(1) Codex : manuscrit sous forme de pages, relié à la façon de nos livres modernes, par opposition aux manuscrits sous forme de "rouleaux" (volumen ou rotuli).

(2) Sur Edward Kelly, comparse en occultisme et alchimie du célèbre mage élisabéthain John Dee, voir les différentes biographies de ce dernier et notamment, John Dee le sorcier de la Reine Elisabeth par Arnold Waldstein – CAL ed. 1974. (coll. les Maîtres du secret) et son portrait dans la rubrique // Galerie de ce site.

(3) Grille de Cardan : une grille de groupes de lettres avec un cache percé que l'on déplace d'une ligne ou colonne à la fois

Mode d'utilisation :
- remplir une grille de syllabes ou lettres séparées
- découper dans un cache une série d'ouverture de la taille des cases
- placer le cache en position de départ (en haut à gauche, par exemple)
- écrire le mot ainsi composé par les syllabes dans les trous du cache (varier les longueurs !)
- déplacer le cache et recommencer
- de temps en temps, retourner ou changer de cache ou refaire une nouvelle grille

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Taken - Disparition


Sortie en 2002 aux USA et diffusée pour la première fois en crypté l’année dernière à la TV française sur Canal +, cette série TV de Steven Spielberg, en 10 épisodes, réalisée par 10 metteurs en scènes différents, tous choisis par le cinéaste producteur, nous avait fort enthousiasmé lors de sa présentation.

Cette saga fantastique, dans une atmosphère étrange et pesante suit les destins entrecroisés de trois familles américaines (les Keys, les Clarke et les Crawford) et ce sur quatre générations, soit plus de 50 ans d’histoire et nous amène à percevoir sans partie pris nos différents rapports avec les phénomènes extra-terrestres ; tous les archétypes fondamentaux sont là, de l’affaire de Roswell aux enlèvements humains en passant par les crops circles.

Bienheureusement, Spielberg et ses affidés ont su intelligemment, dans cette série TV, éviter le piège du manichéisme habituellement dévolu à ce genre de film pour mieux, dans la veine d’E.T ou de Rencontres du 3e Type, nous transporter, c’est le cas de le dire, à travers l’Amérique profonde de 1947 jusqu’à nos jours, en nous tenant en haleine durant 15 heures de film … Les fans du maître seront bien sûr comblés et les téléspectateurs férus d’ufologie aussi, n’en doutons pas, même si Steven Spielberg n’est pas derrière la caméra et que le scénario confié pour la durée des 10 épisodes à Leslie Bohem est parfois bien inégal. Peu importe ! La magie est bien au rendez-vous, les effets spéciaux aussi …(même si on est loin, pour l’engouement, des tous premiers épisodes de la série TV culte, X-Files), cette saga à 40 millions de dollars (1), la plus ambitieuse série de ce genre jamais tournée aux USA et qui fut un superbe succès outre-manche à de quoi séduire (2).

A voir donc, ou à revoir pour les abonnés de Canal, cette grande épopée SF, grâce à la sortie récente du très beau Digipack, distribué par Universal, un magnifique coffret de 6 DVD, avec les généalogies des différents acteurs des films, à noter dans le 6e DVD un making off de 3/4 d’heures retraçant les coulisses des multiples tournages.

TEG – © La LdT No 23 – novembre 2004

(1) Produite comme il se doit par Dreamworks pour la chaîne américaine câblée SCI-FI Channel.

(2) Ne manquez pas surtout la bataille aérienne avec des forteresses volantes américaines et des chasseurs allemands qui ouvre en générique le premier épisode de la série.
Sur Steven Spielberg: http://www.spielbergfansite.com/liens/

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L’Eglise Primitive
« Aux premiers temps du Christianisme  » (2)


Evolution de l’organisation et de la doctrine

Nécessairement un certain nombre de questions viennent à l’esprit lorsque l’on se penche sur les écritures.

Comment à partir des exhortations à l’Amour Universel, comment à partir de textes aussi superbes que : « le Sermon sur la montagne », a t-on pu fixer les dogmes pour en arriver par exemple à la proclamation de l’infaillibilité du pape lors du concile de Vatican en 1870 ?

Comment est on passé de la vie de cette toute première communauté à une organisation solidement structurée telle que nous la connaissons aujourd’hui ? Questions mais aussi aspirations, pour le cherchant véritable qui souhaite revenir aujourd’hui à la simplicité du message primitif et des écritures.

Le monde dans lequel nous vivons n’est il pas ainsi fait que nous ne puissions très longtemps garder à la Lumière sa pureté originelle. Ainsi le souffle premier se densifia et s’empêtra dans la matière. Il est vrai que les spécialistes : historiens ou théologiens cherchent toujours à expliquer le pourquoi et le comment d’une telle évolution en une organisation forte et rigide. Nécessaire, diront ils pour propager le Christianisme, lutter contre les hérésies et fixer une doctrine solidement établie. En un mot : Il s’agissait d’une volonté de pérenniser l’Eglise et de défendre son unité. Il s’agissait de recouvrer ce qui insuffla la vie à cette primitive église et cela a été rendu possible par un certain nombre d’écrits. L’un d’entre eux est particulièrement intéressant : la Didaché, un petit livre écrit en langue grecque, en Syrie vers la fin du Ie ou début du IIe siècle de notre ère. C’est un ouvrage que l’on peut qualifier d’important puisqu’on le lisait avec les épîtres, lors du culte des premières communautés. Le mot grec « Didaché » ou « Didakhé » veut dire Enseignement ou Doctrine. Le manuscrit est ainsi libellé : la Didaché ou Enseignement des 12 apôtres bien que ceux ci ne soient pas mentionnés spécifiquement dans le texte. Les Pères de l’Eglise (Irénée, Clément d’Alexandrie, Origène…) la cite très souvent ainsi qu’Eusèbe dans son « Histoire Ecclésiastique ». Par la suite elle fut traduite en latin et en arabe. Puis, elle disparut soudainement pendant des siècles jusqu’à ce qu’un certain Philothée Bryennios, évêque de Séres en Macédoine et doyen de l’Ecole de Phanan à Constantinople en découvrit le manuscrit en 1873, dans la bibliothèque du Saint Sépulcre.

Ce manuscrit est une copie d’un manuscrit plus ancien transcrit à Jérusalem en 1056 par un certain « Léon, scribe et pêcheur ». Depuis cette époque un certain nombre d’études sont parues à son sujet, prouvant tout l’intérêt qu’on attache à ce texte extra canonique du Christianisme des premiers siècles, contemporain des écrits composant le Nouveau Testament. Selon les historiens il aurait été écrit entre 70 et 150 de notre ère.

Comment percevaient ils le Maître ? Pour eux n’était il pas le Vivant, le sentier qui parti de Dieu ramène à lui (l’alpha et l’oméga des écritures), n’était il pas la vérité, le chemin et la vie.

Comment pouvait donc se présenter les premières communautés chrétiennes ? Luc, l’évangéliste brosse le tableau des premières communautés : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, aux réunions communes, à la fraction du pain, aux prières. Ils vivaient ensemble et avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. Tous ensemble, ils étaient assidus au Temple, rompaient le pain dans les maisons et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur ».

- La devise de la nouvelle communauté étaient :
« On vous reconnaîtra pour mes disciples si vous vous aimez les uns les autres ».

- Une prière unique : Le Notre Père

- Un but : préparer l’esprit humain à recevoir la Lumière.

- 2 sacrements : le Baptême (rite de purification certainement d’origine Essénienne) et l’Eucharistie (rite d’union avec le Divin).

Dans les premières communautés existaient 2 catégories de personnes, mais pas de véritable organisation définie :

- ceux qui se consacraient à la prédication.

- ceux s’occupant de la vie matérielle.

Le fonctions spirituelles étaient remplis par :

- les prophètes (pas celui qui prêche l’avenir, celui-ci est un inspiré ; pour Paul, le prophète est celui qui édifie, qui exhorte, qui console…)

- les docteurs qui enseignent ce qu’il faut savoir pour devenir chrétien.

- les apôtres (du grec : apostolos qui indique celui qui est l’envoyé, c’est à dire les 12 au départ plus Paul). Par la suite, Paul donne ce nom aux responsables désignés pour représenter chaque église dans la collecte des fonds destinée à la communauté de Jérusalem. On appelle aussi apôtres, celui qui apporte des nouvelles des églises voisines. En fait, l’apôtre est celui qui est choisi par sa communauté.

Les apôtres, les prophètes, les docteurs tiennent directement leur don de Dieu.

Apparaissent ensuite des fonctions d’organisation :

- Certains s’occupent des malades, des pauvres : ce sont les diacres. Ils représentent la fonction la plus ancienne au sein de l’Eglise.

- D’autres président au culte : ce sont les anciens ou presbytes (du grec prebuteros qui signifie le plus âgé, mais dans le sens de la connaissance acquise). Ils délibèrent sur toute question intéressant la communauté mais n’ont pas de rôle de sanction.

- D’autres enfin assurent l’ordre au sein de la communauté, ce sont les évêques, du grec episcopos qui signifie surveillant. Leur rôle au départ est de surveiller les biens de l’église et l’activité de la communauté. Ce n’est que plus tard que le terme d’évêque prendra plus d’importance. Cette fonction est aujourd’hui la plus éminente.
En fait c’est la lecture des différentes Epîtres de Paul, de Pierre et de Jean qui permet de constater l’évolution de ces différentes fonctions.

Cependant le temps passe et un après l’autre les apôtres disparaissent.

Ce don transmis par le maître à ses premiers disciples se fait maintenant par imposition des mains : c’est le début des ordinations.

Quoiqu’il en soit, tout cela met en évidence le fait que l’organisation de l’Eglise primitive a été relativement simple dans ses débuts, comme le démontrent les textes canoniques et la Didaché. L’enseignement contenu dans la Didaché est simple : « Jésus est le Christ : le prophète annoncé, les hommes l’ont rejeté, mais il reviendra dans la gloire ». Ici pas de traces de discussions théologiques, pas de polémiques, pas d’affrontements doctrinaux… On s’unit à la communauté et au Christ par le baptême et l’Eucharistie et par la mise en pratique des enseignements des évangiles. Il faut noter également que si l’épître de Paul se rattache à sa mort et à sa résurrection, la Didaché comme l’épître de Jacques se rapporte essentiellement à ses enseignements.La gnose chrétienne fait son apparition dès les débuts du Christianisme. En l’absence d’un canon, la seule possibilité de vérification des pratiques et des croyances reste la tradition apostolique. Vers 150, tous les apôtres sont morts, néanmoins leurs témoignages ont été conservés par un certain nombre de textes rédigés ou inspirés ainsi que par la tradition orale. Aux côtés des 4 Evangiles et des Actes des Apôtres reconnus par l’ensemble des communautés, ont cours également, un certains nombre de textes tels que : l’Evangile de Thomas, l’Evangile du pseudo-Mathieu, l’Evangile de Vérité, les Actes de Pierre, de Jean. La majorité de ces ouvrages sont dits : « apocryphes » dans le sens qu’ils : « contiennent des révélations jusqu’alors cachés », celle d’une doctrine ésotérique révélé par Jésus aux apôtres et transmis à eux par tradition orale. Enseignement secret dont se réclament les gnostiques. Quelles sont donc ces paroles cachées ? A t-il aux premiers temps du christianisme existé un ésotérisme chrétien ? Quelle fut la portée de cet enseignement ?

Jean Iozia © pour la LdT No 23 – article inédit (à suivre)

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