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Numéro 33 - Septembre 2005
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Sommaire
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| La barbarie franque en Terre sainte
En apparence, le monde arabe venait de remporter une victoire éclatante. Si l'Occident cherchait, par ses invasions successives, à contenir la poussée de l'islam, le résultat fut exactement inverse. Non seulement les Etats francs d'Orient se retrouvaient déracinés après deux siècles de colonisation, mais les musulmans s'étaient si bien repris qu'ils allaient repartir, sous le drapeau des Turcs ottomans, à la conquête de l'Europe même. En 1453, Constantinople tombait entre leurs mains. En 1529, leurs cavaliers campaient sous les murs de Vienne. Ce n'est, disions-nous, que l'apparence. Car, avec le recul historique, une constatation s'impose : à l'époque des croisades, le monde arabe, de l'Espagne à l'Irak, est encore intellectuellement et matériellement le dépositaire de la civilisation la plus avancée de la planète. Après, le centre du monde se déplace résolument vers l'ouest. Y a-t-il là relation de cause à effet ? Peut-on aller jusqu'à affirmer que les croisades ont donné le signal de l'essor de l'Europe occidentale — qui allait progressivement dominer le monde — et sonné le glas de la civilisation arabe ? Sans être faux, un tel jugement doit être nuancé. Les Arabes souffraient, dès avant les croisades, de certaines « infirmités » que la présence franque a mises en lumière et peut-être aggravées, mais qu'elle n'a pas créées de toutes pièces. Le peuple du Prophète avait perdu, dès le IXe siècle, le contrôlé de sa destinée. Ses dirigeants étaient pratiquement tous des étrangers. De cette multitude de personnages que nous avons vus défiler au cours de deux siècles d'occupation franque, lesquels étaient arabes ? Les chroniqueurs, les cadis, quelques roitelets locaux — Ibn Ammar, Ibn Mouqidh — et les impuissants califes ? Mais les détenteurs réels du pouvoir, et mêmes les principaux héros de la lutte contre les Franj — Zinki, Noureddin, Qoutouz, Baibars, Qalaoun — étaient turcs ; al-Afdal, lui, était arménien; Chirkouh, Saladin, al-Adel, al-Kamel étaient kurdes. Bien entendu, la plupart de ces hommes d'Etat étaient arabisés culturellement et affectivement ; mais n'oublions pas que nous avons vu en 1134 le sultan Massoud discuter avec le calife al-Moustarchid par l'intermédiaire d'un interprète, parce que le Seldjoukide, quatre-vingts ans après la prise de Baghdad par son clan, ne parlait toujours pas un mot d'arabe. Plus grave encore : un nombre considérable de guerriers des steppes, sans aucun lien avec les civilisations arabes ou méditerranéennes, venaient régulièrement s'intégrer à la caste militaire dirigeante. Dominés, opprimés, bafoués, étrangers sur leur propre terre, les Arabes ne pouvaient poursuivre leur épanouissement culturel amorcé au VIIe siècle. Au moment de l'arrivée des Franj, ils piétinaient déjà, se contentant de vivre sur les acquis du passé. Et s'ils étaient encore nettement en avance sur ces nouveaux envahisseurs dans la plupart des domaines, leur déclin était amorcé. (…) Alors que pour l'Europe occidentale l'époque des croisades était l'amorce d'une véritable révolution, à la fois économique et culturelle, en Orient, ces guerres saintes allaient déboucher sur de longs siècles de décadence et d'obscurantisme. Assailli de toutes parts, le monde musulman se recroqueville sur lui-même. Il est devenu frileux, défensif, intolérant, stérile, autant d'attitudes qui s'aggravent à mesure que se poursuit l'évolution planétaire, par rapport à laquelle il se sent marginalisé. Le progrès, c'est désormais l'autre. Le modernisme, c'est l'autre. Fallait-il affirmer son identité culturelle et religieuse en rejetant ce modernisme que symbolisait l'Occident ? Fallait-il, au contraire, s'engager résolument sur la voie de la modernisation en prenant le risque de perdre son identité ? Ni l'Iran, ni la Turquie, ni le monde arabe n'ont réussi à résoudre ce dilemme ; et c'est pourquoi aujourd'hui encore on continue d'assister à une alternance souvent brutale entre des phases d'occidentalisation forcée et des phases d'intégrisme outrancier, fortement xénophobe. A la fois fasciné et effrayé par ces Franj qu'il a connus barbares, qu'il a vaincus mais qui, depuis, ont réussi à dominer la Terre, le monde arabe ne peut se résoudre à considérer les croisades comme un simple épisode d'un passé révolu. On est souvent surpris de découvrir à quel point l'attitude des Arabes, et des musulmans en général, à l'égard de l'Occident, reste influencée, aujourd'hui encore, par des événements qui sont censés avoir trouvé leur terme il y a sept siècles. Or, à la veille du troisième millénaire (1), les responsables politiques et religieux du monde arabe se réfèrent constamment à Saladin, à la chute de Jérusalem et à sa reprise. Israël est assimilé, dans l'acception populaire comme dans certains discours officiels, à un nouvel Etat croisé. Des trois divisions de l'Armée de libération palestinienne, l'une porte encore le nom de Hittin et une autre celui d'Ain Jalout. Le président Nasser, du temps de sa gloire, était régulièrement comparé à Saladin qui, comme lui, avait réuni la Syrie et l'Egypte — et même le Yémen ! Quant à l'expédition de Suez de 1956, elle fut perçue, à l'égal de celle de 1191, comme une -croisade menée par les Français et les Anglais. Il est vrai que les similitudes sont troublantes. Comment ne pas penser au président Sadate en écoutant Sibt Ibn al-Jawzi dénoncer, devant le peuple de Damas, la «trahison» du maître du Caire, al-Kamel, qui a osé reconnaître la souveraineté de l'ennemi sur la Ville sainte ? Comment distinguer le passé du présent quand il s'agit de la lutte entre Damas et Jérusalem pour le contrôle du Golan ou de la Bekaa ? Comment ne pas demeurer songeur en lisant les réflexions d'Oussama sur la supériorité militaire des envahisseurs ? Dans un monde musulman
perpétuellement agressé,
on ne peut empêcher l'émergence
d'un sentiment de persécution, qui
prend, chez certains fanatiques, la forme
d'une dangereuse obsession
: n'a-t-on pas vu, le 13 mai 1981, le Turc
Mehemet Ali Agca tirer sur le pape après
avoir expliqué dans
une lettre : Au-delà de cet acte individuel, il est clair que l'Orient arabe voit toujours dans l'Occident un ennemi naturel. Contre lui, tout acte hostile, qu'il soit politique, militaire ou pétrolier, n'est que revanche légitime. Et l'on ne peut douter que la cassure entre ces deux mondes date des croisades, ressenties par les Arabes, aujourd'hui encore, comme un viol. Amin Maalouf – Les
Croisades vues par les arabes (extrait),
JCL ed. 1983 |
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Cependant, si les Mémoires d’un Compagnon, son œuvre capitale, ont constamment été rééditées depuis 1854-1855, cela traduit un intérêt qui dépasse largement ce seul milieu et témoigne en fait de son statut de témoin privilégié de l’histoire de la classe ouvrière et de celle de la République française au XIXe siècle. LE COMPAGNON Agricol Perdiguier est issu de Morières, près d’Avignon. Reçu Compagnon menuisier du Devoir de Liberté sous le surnom d’Avignonnais-la-Vertu, son tour de France au milieu des années 1820 le conduit à s’interroger sur les causes réelles des divisions qui ensanglantent alors le monde compagnonnique. Héritier des Lumières, c’est en autodidacte qu’il apprend durant son tour à connaître les grands auteurs antiques et classiques. Aussi habile à manier la plume que le rabot, il travaillera ensuite toute sa vie, malgré les épreuves et l’hostilité souvent vive des sociétés compagnonniques d’alors, à l’amélioration matérielle, intellectuelle et morale des Compagnons, en particulier, et de la classe ouvrière, en général. En 1839, il publie Le livre du Compagnonnage, premier ouvrage historique sur ce sujet, essai sous-tendu par un idéal fraternel qui lui amène rapidement la sympathie des milieux littéraires républicains et la célébrité. « Peu sensible à la poésie des combats, a écrit son amie George Sand, doué d’un zèle apostolique, persévérant, actif, infatigable, dominé et comme assailli à toute heure par le sentiment de fraternité humaine, il essaya de faire comprendre à ses frères l’idéal éclos dans son cœur. » (Il faudra cependant attendre la fin du XIXe siècle pour voir son idéal d’union compagnonnique se réaliser partiellement.) L’HOMME POLITIQUE Voilà en bref pour le Compagnon. En revanche, on a presque totalement oublié l’homme politique qu’il a également été. En 1848, il est élu représentant du peuple à la fois dans le département du Vaucluse – où il ne s’était pas présenté – et à Paris. Réélu en 1849, il figure sur la liste des Républicains proscrits après le coup d’État du 2 décembre 1851. De retour d’exil dès 1855, il ouvre une librairie au faubourg Saint-Antoine pour subvenir aux besoins de sa famille et pour répandre ses propres ouvrages. Dès lors, il joue un rôle politique de second plan, ce qui ne l’empêche pas d’être nommé adjoint au maire du XIIe arrondissement en 1871. Il meurt à Paris dans un état proche de la misère, le 25 mars 1875. A
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En 2005, année du bicentenaire de sa naissance, les compagnons du Tour de France tous unis…, commémorent un des leurs, peu connu du grand public, Agricol Perdiguier (1805-1875) aussi appelé « Avignonnais la Vertu » par ses pairs (1), compagnon d’exception, (même si pour certains : « il n’y a pas de compagnon au-dessus des autres »). Agricol Perdiguier fut le symbole vivant du compagnonnage, non pas ouvrier mais « œuvrier »; l’un des buts de sa vie, et pas le moindre, fut de tenter d’unifier tous les compagnonnages divisés sans cesse par d’obscures querelles doctrinales. Les festivités entamées dans la cité des Papes, le samedi 30 juillet 2005, par un rassemblement de tous les groupements, avec cannes, couleurs et bannières, au square Agricol Perdiguier - évènement tout à fait historique dans l’histoire du mouvement compagnonnique - marquent en cette journée ensoleillée de Lumière, le vœu le plus cher de celui fêté ce jour là. Il fallait une figure de légende comme celle de Perdiguier, compagnon menuisier qui finira sa vie comme écrivain, éditeur et libraire… pour que puisse avoir lieu un tel rassemblement. Bien sûr, les rixes et les combats de cannes compagnonniques ont depuis longtemps été remisés aux oubliettes de l’histoire, cependant c’est le statu quo aujourd’hui qui domine, et les trois différents mouvements compagnonniques, la Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment, l’Union compagnonnique des compagnons des devoirs unis, l’Association ouvrière des compagnons du devoir, observent entre eux, une toute relative bienveillance confraternelle, chacun - pour soi - désirant conserver son autonomie propre et sa part de prédisposition naturelle à apporter sa vision identitaire (2). C’est dire si une journée comme celle-là, marquant une telle «réconciliation», était à ne pas rater, puisque c’était la première fois depuis les années d’après guerre que les plus hauts dirigeants de ces trois mouvements apparaissaient publiquement côte à côte ! Après la pose d’une plaque commémorative au pied de la statue d’Agricol Perdiguier, sise au milieu du square qui porte son nom, les discours de bienvenue et la visite de l’exposition Agricol Perdiguier à Avignon, la journée se terminait par un repas entre compagnons seuls, au parc des expositions, tous dans l’attente de la journée du lendemain, qui se poursuivra dans la ville natale d’Agricol Perdiguier.
Morières
- Dimanche 31 juillet 2005 Le Dimanche matin c’est à 9h 30, dans le petit village de Morières-les-Avignon, sur la place de l’Eglise que débutèrent les allocutions des différents représentants et autres présidents des institutions compagnonniques, introduits qu’ils furent par le savoyard Sébastien Mariau, seulement âgé de 29 ans, Premier Compagnon, maître de cérémonie. Celle-ci
fut clôturée par le chant
des compagnons de la Fraternelle : S’ensuivit un long cortège, bannières en tête, de plus de 200 compagnons, dans les rues du village de Morières, marqué par une halte devant la maison natale d’Agricol Perdiguier, au coin de la place de la Liberté. (Maison qui sert aujourd’hui de refuge aux aspirants qui font leur Tour de France). Arrivée au rond-point de la sortie du village de Morières, la procession inaugura - non pas un chef d’œuvre - mais un monument en fer forgé, représentant le tour de France d’Agricol Perdiguier, réalisé par un compagnon de la région. Moment d’intense émotion vécu par tous avec la présentation de l’œuvre par son créateur, devant la foule rassemblée.
Puis, le cortège déroula son pas dans les rues du petit village provençal, pour se retrouver à nouveau, sur la place de l’Eglise, pour un vin d’honneur. A midi tous les compagnons furent conviés à un grand banquet amical rassemblant les trois mouvements, au parc des expositions de Châteaublanc. A une heure où les « métiers de la main » sont encore bien dénigrés et où l’amour du métier fait figure de vieille lune, au-delà des festivités elles-mêmes marquant ce bicentenaire Agricol Perdiguier, toutes empreintes d’un grand respect pour l’homme et de considération pour la tradition orale, véritable école de la vie, c’est surtout l’ouverture au monde profane marquée par une sincérité avérée de mieux faire connaître le plaisir toujours renouvelé de bien réaliser l’œuvre au quotidien dans le plus grand respect de la transmission de métier, que nous retiendrons de cette journée. A marquer, à n’en pas douter… d’une pierre blanche. Thierry
E Garnier – la
LdT No 33 - septembre 2005. |
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| Les visions fantastiques
Chose essentielle à la compréhension du monde visible, c’est bien cette réalité fantastique exprimée de tous temps par les plus grands artistes, de James Ensor à Goya, de Jérôme Bosch à Savador Dali, ils sont tous présents sur le site de François Almaleh, qui confère à l’artiste visionnaire un authentique supplément d’âme, unique et onirique, dont la vision partagée avec ses contemporains n’est parfois pas de tout repos… Ce site concerne aussi : les signatures, les livres, les inscriptions, la calligraphie, la cryptographie, dans l’art, la littérature, la peinture et toutes les formes d’expression plastiques, mais aussi les visions fantastiques, le surréalisme, l’étrange, les animaux fabuleux, etc. Un site absolument unique, un site superbe et généreux, intelligent, interactif, flamboyant d’images d’archives et de textes poétiques, scindé en trois parties : -
les Littératures complexes, - l’Art et l’Ecriture, - les Visions Fantastiques ; à
découvrir en flânant, de
retour de vacances, comme une vague
salée dans le couchant du soleil. On en redemande ! A
découvrir sur : à
ne surtout pas oublier sur le site : et
la galerie des inversions picturales sur : TEG // ARCADIA – La LdT No 33 © Ce voyage dans l'univers … des arts et de l'écriture procède de l'intention de l'artiste de réaliser son tableau et d'y associer simultanément sa main pour écrire également son œuvre. La forme et les couleurs ne suffisent pas, les images non plus. Les mots restent parfois plus forts, suggestifs et illustratifs. De tout temps, les mots sont présents dans la peinture. De tout temps, de toute époque, de tout pays. François Almaleh © // La LdT No 33.
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