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Numéro 35 - Novembre 2005
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Ami, vous qui êtes de passage… Vous êtes convié à venir visiter régulièrement notre site. Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « la Tradition », des articles inédits, des poèmes, des études historiques, des manuscrits et des symboles graphiques… |
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| Sommaire
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« Une religion c’est une secte qui a réussi… », tout le monde connaît cet aphorisme. Mais voir l’émergence d’une nouvelle religion, en ce début de XXIe siècle, n’est pas un phénomène fréquent ! Cependant cette nouvelle religion en provenance des USA, comme il se doit, est à considérer avec la plus haute attention, appelée aussi néo-crétinisme, pardon « créationnisme », ne manque pas d’un intérêt certain… mais lequel ? A vous de juger ! TEG –La LdT // novembre 2005.
Si les pirates n'avaient pas déserté les mers, l'ouragan Katrina n'aurait jamais vu le jour... C'est la conclusion à laquelle parviennent les défenseurs de la théorie du « flying spaghetti monster », qui réclament que leur idéologie soit enseignée au même titre que la théorie de l'« intelligent design » dans les classes de sciences aux États-Unis. Selon la théorie du « monstre de spaghetti volant » imaginée par Bobby Henderson, récemment diplômé en physique de l'université de l'Oregon, le réchauffement de la planète, les ouragans, les tremblements de terre et les catastrophes naturelles découlent directement de la disparition graduelle des pirates depuis le XIXe siècle. Graphique à l'appui, le jeune gourou de 25 ans qui invite ses fidèles à s'habiller en pirates affirme qu'il existe une relation inverse et clairement significative entre le nombre de pirates qui ont sillonné les océans au cours des 200 dernières années et les températures moyennes pendant cette même période. Les prières adressées au monstre de spaghetti volant, représenté par un enchevêtrement de pâtes surmonté de deux globes oculaires et flanqué de deux boulettes de viande, se termine non pas par «amen» mais par «ramen», le nom donné à ces soupes de nouilles japonaises qui se vendent en sachets. Les adeptes de cette nouvelle religion, qui se définissent parfois comme des «pastafaris» - un calembour avec le mot «rastafaris», ces membres d'une secte messianique d'origine jamaïcaine -, ont des convictions qui se veulent une parodie de celles des tenants du concept de l'« intelligent design » (ID), ou «dessein» intelligent, selon lequel la vie est si complexe et si diversifiée que sa création a nécessairement été guidée par une puissance supérieure. Ainsi, bien que Bobby Henderson se dise persuadé que l'univers a été créé par un invisible et indécelable «monstre de spaghetti volant», il nous avoue ne pas savoir comment celui-ci a procédé exactement, sauf que, ajoute-t-il, «les choses se sont passées d'une manière aussi logique que dans la théorie du "dessein" intelligent». Bobby Henderson nous a affirmé par courriel qu'il a eu la révélation de cette divinité durant une nuit d'insomnie, tout scandalisé qu'il était par la décision du conseil scolaire du Kansas d'intégrer aux programmes de sciences des avenues alternatives à la théorie de l'évolution de Darwin, notamment la thèse néo-créationniste du «dessein» intelligent. Il a alors écrit à ce conseil scolaire pour exiger que la théorie du «monstre de spaghetti volant» reçoive la même attention que celles du «dessein» intelligent et de l'évolution darwinienne dans les écoles du Kansas. Il a réclamé à grands cris qu'on alloue la même durée d'enseignement à son concept, sinon il intenterait des poursuites. Trois membres du conseil scolaire - dominé par des ultraconservateurs religieux - qui s'opposent fermement à l'enseignement de l'ID ont répondu à sa missive en lui apportant son soutien. Depuis, le « monstre de spaghetti volant » connaît un succès boeuf. Ce succès s'est notamment amplifié depuis que le président Bush et le sénateur Bill Frist du Tennessee ont récemment donné un coup de pouce au concept de «dessein» intelligent, qu'ils espèrent voir enseigné dans les écoles de leur pays. Aux dernières nouvelles, plus de 25 millions d'internautes ont visité le portail de l'Église du « monstre de spaghetti volant » (http://www.venganza.org). Bobby Henderson affirme recevoir environ 400 courriels chaque jour, dont 98 % sont sympathiques à sa créature pourtant peu ragoûtante, parmi lesquels il compte deux douzaines de scientifiques on ne peut plus sérieux. Seulement 2 % des messages qui lui sont adressés sont injurieux et signés par des religieux. Par ailleurs, Bobby Henderson déclare avoir été contacté par plusieurs avocats. « Quelques-uns m'ont offert leur aide pour la bataille, mais aucun ne s'est porté volontaire pour le faire gratuitement », nous a-t-il confié par courriel. Ce mois-ci, les médias autant traditionnels que numériques ont pris d'assaut l'Église du « monstre du spaghetti volant », dont la prestigieuse revue The New Scientist, qui y a consacré un entrefilet. Deux encyclopédies en ligne, Unencyclopedia et Wikipedia, ont ajouté un lien portant sur cette parodie de religion. Une recherche sur Google fait apparaître 156 000 références et, sur Yahoo ! 377 000 entrées. La popularité de cette satire en dit long sur l'importance de l'enjeu. Article by : Agence
Science-Presse, Pauline Gravel - Édition
du mercredi 7 septembre 2005 - Témoin
d'un siècle – (Né à l'aube
du XXe siècle, Le Devoir, journal
québécois,
a eu 90 ans en janvier 2000.) |
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| Cette mystérieuse et ténébreuse société secrète revient régulièrement en filigrane dans l’affaire Rennes-le-Château. La revue Pégase No 10 s’en faisait d’ailleurs l’écho, à propos de la sibylline inscription « Viva Angélina », dans l’énigme du meurtre de l’abbé Gélis, en proposant à ce sujet une interprétation régionale non dénuée d’intérêt. Diverses circonstances m’ont amené à me spécialiser dans l’étude de cette société, au point de publier récemment un livre explorant l’histoire de ce cénacle, de ses initiateurs, de ses créateurs, de ses adeptes, s’ouvrant ensuite vers les énigmes historiques qui les passionnèrent, et dont les thèmes s’entrecroisent avec ceux évoqués dans le cadre de l’affaire Rennes-le-Château. La Société Angélique est née à Lyon au XVIe siècle, pendant l’époque fastueuse de la Renaissance. La ville était alors un carrefour incontournable, sur la route de l’Italie, et un lieu d’échanges où se côtoyaient banquiers, pèlerins, artistes et écrivains. Lyon était la capitale européenne de l’imprimerie, dont les maîtres étaient à la fois imprimeurs, éditeurs et libraires. C’est grâce à eux que se diffusaient culture et connaissance, en l’absence d’université. Tout a commencé en 1506. Cette année-là, un petit groupe d’érudits fondait une « Académie » à Fourvière, la colline bien connue dominant la ville. Son existence nous est connue par plusieurs lettres que l’un de ses membres, un nommé Humbert Fournier, écrivit au notable et humaniste Symphorien Champier, lequel les publia l’année suivante. Des générations d’historiens lyonnais, éblouis par son titre, ont considéré ce groupe comme une Académie au sens noble du terme, c'est-à-dire un organisme fondé par privilège royal et régi par des statuts stricts. Aujourd’hui « l’Académie » de Fourvière est regardée comme une pure légende, ce qui justifie les guillemets entre lesquels je place ce mot, lequel était à prendre selon son sens primitif de lieu de réunion et d’étude. Cette « Académie » n’était qu’un petit groupe informel et sans existence officielle, mais on y trouvait tous les ferments de la future Société Angélique, en particulier il pratiquait la Langue des Oiseaux. Quinze ans plus tard, vers 1520, s’établit à Lyon l’imprimeur d’origine allemande Sébastien Gryphe, avec un griffon pour emblème. L’homme se nommait en réalité Greif, il avait choisi ce pseudonyme à partir du grec gryphé, l’embrouillé, principe de l’incertain. Gryphe appartenait semble-t-il à une obscure Société du Brouillard, un nom qui doublera celui de la Société Angélique tout au long de son existence. Le Brouillard avait pour emblème le bucrane, la tête de bœuf. Gryphe fut aussi le pilier de l’AGLA, la société secrète des imprimeurs, fondée à Lyon par l’occultiste allemand Cornélius Agrippa. AGLA est l’acronyme de la formule liturgique hébraïque Atha Guibor Leolam Adonaï, signifiant à peu près « tu es fort éternellement, Seigneur ». L’AGLA pratiquait « l’acceptation », comme le fera plus tard la franc-maçonnerie, c’est-à-dire qu’elle admettait des adeptes étrangers au métier. Parmi ces membres on trouva le poète Maurice Scève, l’écrivain et médecin François Rabelais, l’architecte Philibert Delorme, et le roi François Ier en personne. Vers 1536, on retrouvait tous ces beaux esprits, et bien d’autre encore comme Clément Marot ou Bonaventure des Périers, dans un cercle d’intellectuels nommé Sodalitum, dont la tête pensante était Étienne Dolet. Ce cercle nous est connu en particulier par un courrier du poète rémois Jean Voulté, résidant alors à Lyon et fréquentant cette société. Sodalitum comptait également de nombreux hommes de loi, juristes ou magistrats, des notables et des financiers comme le richissime Gadagne venu d’Italie. Vers 1552, un riche magistrat et mécène nommé Nicolas de Langes acquit à Fourvière un vaste domaine situé sur le flanc nord de la colline, composé d’un jardin, d’une vigne, et de deux maisons, une à chaque extrémité. Par un jeu de mots bien dans l’esprit du temps, Nicolas de Langes baptisa son domaine « l’Angélique ». Il entreprit d’y réunir érudits et lettrés, issus des cercles précédents. Sébastien Gryphe, vieillissant, passa sans doute le flambeau au jeune Nicolas de Langes, qui n’avait alors que 27 ans. Ce nouveau cénacle prit tout naturellement le nom du domaine où il se réunissait. La Société de l’Angélique était née. Elle fut sans doute la continuation logique de tous les groupes qui l’avaient précédé en se transmettant le même idéal. Ce domaine de l’Angélique, bien que vaste, était modeste. Nicolas de Langes possédait d’autres demeures dans Lyon, qui durent abriter plus confortablement les travaux de la Société, mais ses membres aimaient monter à Fourvière, peut-être pour quelques mystérieux rituels. La maison bâtie au sommet servait surtout d’habitation au vigneron et de remise pour ses outils. Dans toute la région lyonnaise, ce genre de construction n’est jamais désigné autrement que par le mot « loge », et ceci explique peut-être cela… C’est un prolifique érudit du XIXe siècle, Claude-Sosthène Grasset d’Orcet, qui fut le premier parmi les auteurs ésotéristes à évoquer cette Société Angélique, en révélant son existence par quelques brèves mentions, dans une demi-douzaine d’articles différents publiés par la Revue Britannique (1 ). En fait, Grasset d’Orcet s’est basé sur les écrits des annalistes lyonnais, dont le célèbre père Jésuite Claude Ménestrier, spécialiste de l’héraldique, qu’il cite plusieurs fois. Cependant, suivant en cela les historiens de son époque, il n’a pas su discerner l’enchaînement des cercles d’initiés qui ont précédé la Société Angélique proprement dite. Il faut dire que ces chroniqueurs amalgamèrent allègrement tous ces groupes, au point de leur donner, à tous, le titre d’Académie et le nom d’Angélique. C’est ainsi que Grasset d’Orcet considérait la Société Angélique comme une « académie littéraire », qui aurait existé dès le début du XVIe siècle, mais il a eu la clairvoyance et l’intelligence d’y voir une société secrète. Grasset d’Orcet nous révèle aussi que cette société fut fondée par les maîtres d’une corporation puissante, celle des graveurs nommés Gilpins ou Saint-Gilles, qui fournissait des adeptes à l’un comme à l’autre des deux grands pouvoirs occultes de l’Ancien Régime, l’Ordre des Gouliards ou Gaults, et l’Ordre des Forestiers ou Charbonniers. La Société Angélique organisait la correspondance entre ses membres, en leur enseignant au préalable la manière de crypter leurs écrits par des arts cryptographiques et hiéroglyphiques tels que la Langue des Oiseaux ou le Grimoire. Cette particularité marque encore les ouvrages des adeptes du XIXe siècle. Les membres de l’Angélique philosophaient volontiers sur le thème de la mort, illustré magistralement par Nicolas Poussin et ses célébrissimes Bergers d’Arcadie. La formule culte Et in Arcadia ego est d’ailleurs devenue le signe de reconnaissance que l’initié angélique se devait de glisser dans ses œuvres, d’une manière ou d’une autre. La « Bible » de la Société Angélique fut l’ouvrage fameux Le songe de Poliphile publié en Italie en 1499 et en France en 1546 (2). C’est un livre au texte insipide et soporifique, mais dont les gravures constituent le véritable enseignement pour qui sait les interpréter. Les guerres de religion vinrent contrarier l’existence de la Société Angélique. Nicolas de Langes tenta de s’opposer au massacre des Protestants lyonnais, et il dut s’exiler pour échapper à la Ligue. Il ne revint à Lyon que sous le règne d’Henri IV, et reprit alors ses activités. Il mourut en 1606, laissant le domaine de l’Angélique — et la Société du même nom — à sa fille Louise et à son époux Balthazar de Villars, magistrat et conseiller du roi, qui poursuivit l’œuvre de son beau-père. Balthazar de Villars devint dix ans plus tard l’un des bienfaiteurs de la chartreuse de Lyon. La maison avait été fondée en 1584 sous Henri III, mais les troubles de la Ligue avaient singulièrement défavorisé son essor, de même que les promesses financières non tenues d’Henri IV. Seuls quelques pauvres moines tentaient de conserver une âme à la chartreuse, situation qui émut le successeur de Nicolas de Langes et ses amis. Grâce à leur générosité, en 1616 le Révérend Père Général de l’Ordre des Chartreux envoya à Lyon 19 religieux. Parmi eux se trouvait un certain Dom Polycarpe de la Rivière, personnage particulièrement énigmatique sur lequel je vais maintenant m’attarder quelque peu. Polycarpe de la Rivière se disait natif du Velay (l’actuel département de la Haute-Loire, à peu de choses près). Il naquit semble-t-il vers 1585, peut-être à Tence. Il entreprit sans doute des études à la maîtrise de la cathédrale du Puy-en-Velay, dont le maître de musique était un nommé… Claude François. Celui-ci fut appelé un jour au service de Marguerite de Valois, l’épouse d’Henri IV, la fameuse « Reine Margot » qui vivait alors recluse au château d’Usson en Auvergne, près d’Issoire. Claude François vint avec quelques uns de ses élèves, on sait que la reine aimait s’entourer de petits enfants pour leur faire chanter les stances qu’elle composait. Elle aimait aussi particulièrement les jeunes hommes, et apprécia Claude François au point de l’anoblir en lui donnant la seigneurie de Pominy. Mais ceci est une autre histoire. Polycarpe resta au service de Marguerite de Valois jusqu’à son départ d’Usson, en 1605. Il y trouva les bases de sa formidable érudition, entre autres grâce aux leçons que lui dispensèrent tous les beaux esprits qui fréquentèrent la cour de la Reine Margot. Parmi eux, Honoré d’Urfé, l’auteur de l’Astrée, le premier roman français, ou encore le chanoine Loys Papon. Tous deux appartenaient semble-t-il à la Société Angélique, Polycarpe en eut ainsi connaissance dès sa jeunesse. Après un passage chez les Jésuites, le jeune De la Rivière entra chez les Chartreux en 1608. Polycarpe semble avoir été son nom d’église, selon des sources récentes l’homme se serait prénommé en réalité François. Il devait se distinguer par l’écriture de plusieurs livres de dévotion, qui restèrent à l’état de manuscrits jusqu’à sa rencontre avec Balthazar de Villars, qui en finança la publication. C’est ce mécène qui amena Dom Polycarpe à fréquenter à Lyon la Société Angélique. En 1618 il était nommé prieur de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, proche de Lyon, où il resta jusqu’en 1627, publiant encore de nouveaux livres, dont son « best-seller » L’adieu du Monde. Pendant ce temps, en 1622 le peintre Nicolas Poussin arrivait à Lyon où il résidait un certain temps, ce qui l’amena lui aussi semble-t-il à être initié à la Société Angélique. Dom Polycarpe fut ensuite nommé successivement à la tête des chartreuses de Bordeaux et de Bonpas, dans la banlieue d’Avignon. Là il poursuivit sa production littéraire, mais entreprit de faire œuvre d’historien, un domaine dans lequel il fut très contesté, à commencer par sa propre hiérarchie qui lui interdit de publier ses recherches. Dom Polycarpe s’intéressa fortement à l’histoire de la Provence, après s’être passionné sans doute pour celle de la région lyonnaise et plus particulièrement du massif du Pilat. Il devint le correspondant et l’ami de nombreux érudits, parmi lesquels on peut citer Peiresc, Gassendi ou Honoré Bouche. Souffrant des critiques incessantes, et aussi sur un plan physique de douleurs aux jambes, il obtint d’être déchargé de ses fonctions, puis d’aller en Auvergne pour suivre une cure. Étrange choix en vérité, car il se dirigea, après s’être installé en 1639 à la chartreuse de Moulins, sur la station thermale du Mont-Dore, qui n’a jamais soigné les rhumatismes. Il n’y arriva jamais, et sa disparition inexpliquée entoure sa personnalité déjà énigmatique d’une aura de mystère supplémentaire. Parmi les thèmes auxquels Dom Polycarpe s’est intéressé, il y a par exemple l’exil de Ponce Pilate à Vienne, le passage de Marie-Madeleine en Gaule, les Mérovingiens, la famille de Roussillon, véritables rois secrets et sacrés du Pilat. Des thèmes qui croisent les pistes évoquées dans l’affaire Rennes-le-Château. L’hypothèse dite « du Pilat » a fleuri à Rennes-le-Château au cours des dernières années. L’abbé Saunière se rendait dit-on régulièrement à Lyon, résidant curieusement sur les lieux mêmes où sont nés ces cercles tels le Brouillard ou le Sodalitum. Mais retournons en ce XVIIe siècle. Lyon qui avait été la capitale de l’esprit était devenue une ville de négoce et d’industrie. Les érudits l’avaient fui depuis longtemps pour s’installer à Paris. Le domaine de l’Angélique, qui avait appartenu à Nicolas de Langes puis à ses descendants les Villars, fut vendu en 1669. La Société du même nom avait semble-t-il suivi le même chemin que les érudits. On la retrouva à Paris, où elle devait renaître de ses cendres dans le foisonnement des cercles occultistes de la fin du XIXe siècle. Les plus grands noms des arts ou de la littérature devaient alors en faire partie : Eugène Delacroix, Charles Nodier, George Sand, mais surtout Gérard de Nerval et Jules Verne. Nerval nous a laissé une nouvelle portant le doux titre Angélique, où dans le foisonnement du texte apparaissent quelques pistes dont certaines restent encore à suivre. Même chose pour Jules Verne, amateur de Langue des Oiseaux, dont les messages subliminaux croisent étrangement ceux de Nerval. Il faut lire bien sûr Clovis Dartentor, mais aussi Le château des Carpathes — à qui notre ami Jean-François Deremaux a consacré plusieurs articles dans Pégase — ne serait-ce que pour ses allusions aux Bergers d’Arcadie et à l’emploi très subtil de leur formule culte. La Société Angélique n’a semble-t-il pas survécu aux deux guerres mondiales, il n’en reste que le souvenir, et quelques étranges maisons dans le vieux Lyon. Mais elle possède encore quelques admirateurs, glissant de discrètes allusions dans leurs œuvres, tels Ian Caldwell et Dustin Thomason dans leur roman La Règle de quatre (3) qui, surfant sur la vague Da Vinci code, nous propose sa vision du Songe de Poliphile… Patrick
Berlier © pour la LdT No
35 - Le livre de Patrick Berlier se commande sur ce site en rubrique > Boutique. (1)
Ses textes sont actuellement rassemblés
par les éditions e-dite sous les titres
L’archéologie mystérieuse,
L’histoire secrète de l’Europe, Œuvres
décryptées, chacun en deux
volumes. |
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http://expo.compagnonnage.org/ La controverse autour de l'unification des compagnonnages en 1848 est à la fois un débat indissociable des valeurs attachées aux rituels et aux transformations du travail et un enjeu politique. Il apparaît, alors, que nombre de compagnons, à Paris, souhaitaient donner à leurs associations un caractère plus « moderne », plus proche des organisations fraternelles de la classe ouvrière. Ceci ne devait pas impliquer la disparition de l'énergie créative et du pouvoir de leurs rituels et de leurs traditions corporatives qui, souvent, remontaient au moins à la fin du seizième siècle. Les composantes et valeurs des compagnonnages relèvent de leurs milieux originels : l'église catholique, les confraternités et les pratiques artisanales des corps de métiers. Toutefois, pendant la Révolution, les compagnons ne purent ni ne s'attachèrent à leurs habitudes et comportements traditionnels. Ils intégrèrent, dans leurs associations, certains modèles politiques d'organisations sociales révolutionnaires ou post-révolutionnaires. Tout en se référant toujours à leurs propres valeurs, ils choisirent de plus en plus, pour leurs associations, le nom de «sociétés» et adoptèrent des terminologies bureaucratiques. Celles-ci renforcèrent leur modalité de fonctionnement, d'organisation et de communication. Une transformation radicale vers leur unification n'eut pas lieu quoique, pendant les premiers mois de 1848, une telle possibilité ait existé. Le 20 mars 1848, quelques huit à dix mille compagnons, relevant d'une vingtaine de sociétés, se rassemblèrent place de la République dans le but de réaliser une réconciliation historique entre les trois principales organisations compagnonniques. Leurs habits et chapeaux étaient richement ornés de rubans et d'écharpes colorés, autant de symboles de leurs nombreux métiers et sociétés. Dépassant ces particularités, les compagnons formèrent une longue colonne, bras joints, et s'avancèrent vers l'Hôtel de Ville. La presse était enthousiaste. La Gazette des tribunaux, un journal très critique vis-à-vis des rivalités et des querelles entre compagnonnages, considéra cette réconciliation comme : « un des grands actes de l'histoire du compagnonnage (...) l'ordre le plus parfait n'a pas cessé une seconde d'être observé par cette belle légion de travailleurs. Ces milliers de “frères” réconciliés par un saint et solennel serment ont voulu rendre tout Paris témoin de ce grand acte (1). Qui étaient ces compagnons, ces «frères» organisés dans ce qu'ils appelaient des « petites républiques » engagées dans la défense de la nouvelle République nationale, qu'ils nommaient « la Mère commune (2) » ? Cette harmonie était un phénomène récent : moins de dix ans plus tôt, l'opinion publique considérait toujours les compagnons comme relevant d'un espace spécifique dans la société française, exotique et fascinant mais également dangereux. Devenir un compagnon Mais qu'en est-il des origines et des particularités initiatiques du compagnonnage ? Elles dépendent d'au moins trois champs spécifiques : de l'importance des textes et des pratiques (orales ou écrites) pour l'individu ; de l'importance de la communauté du compagnonnage, de ses liens et de ses oppositions et, finalement, de la nature historiquement construite et changeante de ses pratiques et textes présentés comme immuables. S'agissant de l'individu, l'expérience transformatrice de l'initiation est étroitement liée aux phases séquentielles des processus rituels. On ne peut la traiter à part, compte tenu de son rattachement aux origines narratives du compagnonnage et de son insertion dans le processus rituel. L'initiation n'a pas seulement pour but de transformer l'individu. Elle crée des liens entre les nouveaux venus, entre ces derniers et tous les autres membres et ce contre les sectes rivales et contre les travailleurs qui ne sont pas compagnons. L'initiation, dans la plupart des sociétés compagnonniques, commence par la phase de séparation. Celle-ci extrait les novices de leurs habitudes sociales. La transition les prépare à leur future vie de compagnon. L'intégration les transporte dans une nouvelle société et leur enseigne pleinement les valeurs de celle-ci. Durant la phase liminale les traits du rituel sont ambigus. Ils ne relèvent pas ou peu de traits appartenant à un état antérieur ou futur. Ils ne peuvent être associés avec les rôles ou positions habituelles de la société d'où ils proviennent ou vers lesquels ils tendent. Dans le processus rituel, les novices perdent les liens normaux qui les unissaient à leur famille et parenté. Le rituel implique qu'ils oublient famille, pays, religion, en fait leur passé culturel et social. De plus, en tant que personne liminale, le novice ne possède plus rien. Les compagnons aspirants sont délestés en partie ou totalement de leurs biens ; leurs poches sont vidés, une partie de leurs vêtements est mise de côté. Ils ne doivent porter ni insigne ni titre pouvant être significatif. Les procédures humiliantes de l'initiation laissent les novices passifs, humbles et prêts à accepter les sanctions. De telles épreuves visent à effacer le statut antérieur du novice. L'effet cumulatif de ce stade a pour but de rabaisser la position des novices dans l'échelle sociale, leur retirant leurs anciens attributs sans leur en donner de nouveaux. Il faut préciser que ce statut infériorisant est passager, « un rabaissement pour aller plus haut (3) ». Réintégré dans une nouvelle société avec de nouveaux droits et obligations, il est attendu du compagnon qu'il s'implique. Ceci induit l'apprentissage des normes et des valeurs du compagnonnage telles qu'elles étaient définies dans les récits originels. Théoriquement, le nouveau compagnon est reconnu comme un égal dans cette puissante fraternité masculine. Toutefois, on le prévient contre tout abus qu'il pourrait faire de ses nouveaux privilèges et connaissances. Il peut s'élever hiérarchiquement mais il doit apporter aide et « amour » à ses frères. Néanmoins, et certainement au début du dix-neuvième siècle, cette fraternité a pris une tournure plus hiérarchique que précédemment. Ceci est déjà visible, comme en témoigne un des comptes rendus les plus complets d'une initiation au dix-huitième siècle : celle des compagnons tourneurs du Devoir. Les tourneurs accordent beaucoup plus d'importance aux aspects de rang, de hiérarchie et de symbolique catholique que ne le font d'autres associations compagnonniques du XVIIe ou XVIIIe siècles. Toutefois quoiqu'ils demandent à ce que leurs membres soient catholiques et récitent des prières, les compagnons tourneurs ne ressentent pas le besoin, par exemple, de remplacer, dans leur interprétation du catholicisme et de ses pratiques, la Trinité par Maître Jacques (« père fondateur » des compagnons du Devoir). De fait les compagnons s'approprient et transforment les pratiques et termes catholiques à leur propres fins. L'initiation des tourneurs peut permettre d'illustrer le second et peut-être le plus fondamental but du processus rituel : la création d'une communauté de compagnons ayant pour fin de servir le mieux possible cette nouvelle société. Les récits de leurs origines et de leurs valeurs renforcent la structure de la communauté. L'analyse de ce rituel permet également d'étudier un troisième aspect : la nature historiquement construite et diverse de l'initiation des compagnons. Ce récit, tel qu'il est reproduit par Emile Coornaert, on le trouve dans les articles 41 et 42 du «Livre de règles des jolis compagnons tourneurs (4).» (1731). Lors de la fête de leur patron, saint Michel, tous les compagnons se réunissent pour la réception (aucun lieu ni époque ne sont indiqués). Les compagnons se tiennent suivant leur « tour (de rôle) et rang ». Toute personne ayant eu connaissance de quelques éléments pouvant aller à l'encontre de l'aspirant doit en rendre compte. Les candidats doivent être catholiques et en bonne santé. Le rôleur fait entrer le premier aspirant. Celui-ci se tient à la porte et doit demander, par trois fois, son entrée. A sa seconde demande, on lui met un bandeau sur les yeux et il reste ainsi durant la suite de la cérémonie, jusqu'à ce qu'il fasse son serment. L'aspirant a déjà retiré son chapeau et donné ses objets personnels, dont armes à feu et couteaux ! Chaque candidat est longuement interrogé sous la forme de questions et réponses chantés d'abord par le rôleur puis par le premier compagnon. Le candidat a été prévenu que la cérémonie lui coûterait 25 francs (sic) et qu'il serait exposé à de « grandes épreuves » et de « grands dangers (5)». L'aspirant, agenouillé, fait le signe de la croix, récite le «Notre Père» et le «Je vous salue Marie», et se signe de nouveau. Après ces prières, l'aspirant doit parcourir sur les genoux la salle d'initiation, guidé par le rôleur et le «cottery» (ou coterie, terme proche de trésorier). Les épreuves sont ensuite effectuées « dans la manière accoutumée » mais le texte ne donne pas plus de détail. Puis le rôleur et le coterie retirent l'habit de l'aspirant, le disposent sur une table et allongent l'aspirant sur celle-ci. Tout ceci doit s'accomplir avec le plus grand sérieux. Les compagnons qui assistent doivent garder le silence sous peine d'amende, ce qui peut signifier que quelques relâchements puissent parfois avoir lieu. Le Premier nomme tous les compagnons présents et l'aspirant choisit un parrain. Vient alors le baptême : le Premier lève la main gauche au-dessus du visage de l'aspirant tout en prononçant les phrases suivantes : «Sur mon honneur et ma conscience, devant Dieu et devant les Compagnons, Enfant ! Je te baptise au nom de Maître Jacques ! au nom des Compagnons !» Ayant reçu son nom, l'aspirant boit de l'eau et du sel que lui donne son parrain. Lorsque, pour tous les aspirants, cette phase est terminée, on les conduit dans une autre pièce où chaque nouvel initié jure «serment de fidélité au Devoir». La main sur un verre contenant de l'eau et du pain, ils promettent de ne jamais révéler «le Devoir ni à Père, ni à mère, ni à frères, ni à soeurs, ni parents, ni amis ou confesseurs, ni à qui que ce soit dans le monde sous peine de péché mortel ou damnation de mon âme !...» Les nouveaux compagnons répètent deux fois le serment avant de boire le vin, manger le pain et payer leur dû, puis tous les compagnons s'embrassent et se tutoient. Les plus anciens ont intronisé les nouveaux mais sans leur donner d'indication en ce qui concerne le statut de « compagnon fini », ce qui aura lieu dans une autre «Ville de Devoir». Puis des cérémonies élaborées ont lieu, en liaison avec la fête de Saint Michel (6). Les pratiques des compagnons impliquent, généralement, pragmatisme et mystère et plus particulièrement pour ce qui touche aux serments et secrets. En cas de procédures judiciaires, les compagnons abjurent souvent tout comme ils peuvent refuser de répondre aux interrogatoires policiers et refuser de donner leurs vrais noms. Ils préféreront souvent « battre aux champs » ou s'enrôler dans l'armée plutôt que de se rendre aux autorités (7). Ces éléments de mystère et de secret devinrent un des éléments de l'identité du compagnonnage. Ils suscitèrent des oppositions entre groupes rivaux, entre compagnons et maîtres et entre compagnons, églises et autorités officielles. Cette situation n'était cependant pas immuable. Des maîtres ont pu être compagnons, des religieux ont pu protéger certains d'entre eux, des compagnons quitter leur confrérie. Un usage même limité du secret n'en renforçait pas moins la solidarité endogène. Le caractère mystérieux qui entourait l'initiation allait de pair avec la perception d'un nouveau statut social partagé seulement avec des « frères » choisis. Un sens plus large, politique, de la fraternité s'était développé pendant et après la Révolution, et les compagnons ne pouvaient pas y être insensibles. Par ailleurs, leur passage éventuel dans l'armée, à cette époque, ainsi que la compétition croissante, après 1815, venant d'autres associations de travailleurs telles que les sociétés d'aide mutuelle, conduisirent les compagnons à être moins obnubilés par leurs propres valeurs. Le rôle d'Agricol Perdiguier a été fondamental dans cette évolution. Ce compagnon du Devoir de liberté devenu critique et écrivain révéla certains secrets du compagnonnage. Son Livre du compagnonnage attira l'attention du public sur divers sectes et devoirs. Fortement influencé par les thèses sociales-démocrates et chrétiennes, Perdiguier s'attacha sans relâche à lutter contre les divisions du compagnonnage et ceci dans le but de susciter une association unifiée et puissante des travailleurs (8). Cynthia
M. Truant © Socio Anthropologie No4 (extrait). (1) « Chronique de Paris, 21 mars », Gazette des tribunaux, p. 513, sur les événements du 20 mars 1848. (2) J. Briquet, Agricol Perdiguier, Compagnon du Tour de France et représentant du peuple (1805-1875), Paris, 1955, p. 226, Archives nationales, BB30299 (pièce n°1948), 20 mars 1848, version imprimée du discours au Gouvernement provisoire, « Les compagnons réunis ». Les métaphores familiales et fraternelles étaient fréquentes en 1848 mais leur rôle et signification pouvaient varier. A ce sujet cf. J. Scott, Gender and the Politics of History, New York, 1988, pp. 93-112. (3) V. Turner, The Ritual Process : Structure and Anti-Structure, Chicago, 1969, pp. 95, 103. (4) E. Coornaert, Les Compagnonnages en France du Moyen Age à nos jours, Paris, 1966, pp. 375-77, « Livre de règles des jolis compagnons tourneurs », 1731, Archives de l'Association ouvrière (archives privées). Je n'ai pu consulter l'original et ai quelques doutes à son sujet tout en considérant ce texte comme valable. Il est beaucoup plus long (55 articles) que tout autre statuts et règlements de compagnonnages du XVIIIe siècle disponible dans les archives publiques. Il est également rare de trouver deux articles détaillés sur l'initiation. Je pense qu'il est probable que quelques articles aient été ajouté ou repris après 1731. (5) On peut remarquer l'usage anachronique du terme «francs». Quoique le «franc» n'était pas entièrement inconnu avant d'être adopté durant la Révolution, son usage était peu fréquent avant 1789. Les documents compagnonniques du XVIIIe siècle utilisent habituellement «livres, sols, et deniers». Comme il est suggéré en note 4, ce texte a été revu ou partiellement complété. (6) Coornaert, Les Compagnonnages, pp 376, 377. On notera que les tourneurs menaçaient de pêché mortel ou de damnation les initiés qui trahiraient le Devoir, même devant un prêtre. Les premiers compagnonnages s'appropriaient souvent des pouvoirs religieux. D'autres, en cas d'infidélité, avaient recours à des sanctions plus séculières (expulsion, frappe ou mort). (7) C. M. Truant, «Independent and Insolent : Journeymen and their “Rites” in the Old Regime Work Place» in Work in France : Representations, Meaning, Organization, and Practice, S.L. Kaplan, C.J. Koepp (dirs), Ithaca, 1986, pp. 131-75, pp. 170-71. (8) Reprenant Louis Blanc et autres, Perdiguier soutenait également l'idée de coopératives ouvrières. |
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| L'homme aux
yeux d'émeraude
Oui, ce livre magnifique est bien plus qu’un roman historique. Certes Joëlle Pellegrin Oldenbourg connaît admirablement la vie et l’œuvre de son héros, Jacques Cœur, grand argentier de Charles VII. Elle nous démontre avec bonheur les étapes d’une « irrésistible » ascension, de la capitale du royaume d’alors, Bourges, au cœur de la France, jusqu’à cet Orient à la fois proche et lointain. Jacques Cœur capitaine d’industrie, amiral d’une flottille de galées marchandes, puis d’une flotte guerrière papale, en quête d’une ultime croisade contre les infidèles. Avec la même vivacité, et la même exactitude, elle nous conte l’histoire de sa chute aussi. Au sein de la cour d’abord, confronté qu’il fut à la pusillanimité de son roi, et à l’hostilité sournoise des « vautours » de son entourage, ainsi qu’à la rancune tenace des seigneurs endettés. Toujours avec le même souci de scrupuleuse pertinence, voici maintenant décrite la fuite de Jacques, après qu’il eût connu les affres de l’emprisonnement, de la question, de la confiscation de ses biens et du déshonneur jeté sur sa famille. Enfin sa fin présumée, solitaire, en l’île méditerranéenne de Chio. Et certes, sous la plume de Joëlle, ce financier prend chair, et vie, avec son ambition sans faille, ses imprudences aussi, et enfin ses superbes amitiés : la sulfureuse Dame de Beauté Agnès Sorel, mais aussi la reine Yolande, le bon roi René d’Anjou, enfin le pape Calixte troisième, qui lui gardera sa confiance jusqu’à la fin. Vous avez dit fin ? Mais non, le mystère commence, toute cette existence en est comme baignée, témoignant d’une époque pour beaucoup légendaire, où sans doute Maître Jacques a financé la guerre de Cent Ans contre les Angles, mais aussi vécu la splendide épopée de Jeanne d’Arc. En ce temps là, le naturel côtoyait sans heurt le surnaturel, et Jacques Cœur était bien de ce temps. Il fut très certainement alchimiste, recherchant moins avec la pierre philosophale la richesse additionnelle qu’elle pourrait lui procurer que la confirmation sans équivoque de ses certitudes intimes, et disons le, de sa foi. Ce dévot
avéré fut il aussi fidèle
en amour qu’en amitié, son épouse
Macée de Léodepart eut elle à souffrir
d’une passion celée de son mari devant
les hommes, mais « cuers d’amour épris »,
pour une belle astrologue aux yeux violets ? Au lecteur d’en juger, mais qu’il en soit conscient, le mystère ici et maintenant l’entoure de toutes parts. Jacques Cœur de toute façon était certainement « amoureux » d’une sainte, autre que Jeanne, une sainte égyptienne, Catherine d’Alexandrie. En la cathédrale de Bourges, de son vivant à lui, il l’a faite représenter. Et puis, bien des années après, il serait mort le jour même de la fête de cette sainte. Mort en île lointaine, mort en Grèce ? Mais Joëlle pense avoir découvert des signes probants de son retour final dans la Provence de ses racines, puisque sa famille serait originaire de Cuers, dont il porte le nom. Mystère encore et toujours, cinq siècles plus tard, Laura, la bien nommée, et Phil, que j’appellerai le sage, remettent leurs pas dans ceux de l’argentier. Au fait, devinez la couleur de leurs yeux ? Oui, mystère des vies successives, allusivement et poétiquement évoqué par l’auteur ! Jacques et Catherine se l’étaient promis : « Rien ni personne ne pourra jamais nous séparer ». Et leur amour, ils le situaient, ils le situent oserai-je écrire à mon tour, bien au delà même de la mort des corps. La roue de la sainte d’Alexandrie tournera, et ce jour là, celle que j’aime m’aimera. « Je t’ai aimée(e), je t’aime, je t’aimerai, jusqu’à ce que les étoiles fécondes embrasent nos deux âmes et les fondent dans l’océan d’éternité ». La grande question est donc bel et bien posée : si la mort est dans la vie, l’inverse aussi n’est-il pas vrai ? Et l’amour, ne transcende-t-il pas le tout ? Jacques est-il mort en fait ? Joëlle ne se prononce pas sur ce point, et moi je ne crois pas. Et Catherine non plus n’est pas morte. Comme l’or véritable, dans ce livre, ami lecteur, l’amour y vit. C’est en cela surtout, et parce qu’il faut bien conclure, que Jacques Cœur est, selon l’heureuse expression de Christiane Palou, non seulement un grand argentier, mais aussi et d’abord le «maître secret». Jean
Yves Artéro © Article
inédit
pour la LdT No 35 – DR.
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