le mensuel des Lettres et des Symboles

Numéro 19 - Juillet 2004

N°18

N°20


Ami, vous qui êtes de passage…
 
Vous êtes convié à venir visiter régulièrement notre site.
 
Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « l’Écrit », des réflexions artistiques, des poèmes, des calligraphies et des images graphiques…

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Encre & Plume

L’encre et la plume

Soulèvent des enclumes.


Marilyne Bourgoin ©
Carte Postale-Collage 2004.

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Lettres de Pierre

L'une des première fois que j'ai eu la chance d'aller aux Rencontres de Calligraphie à Lurs, j'ai tout de suite été intéressé par un des ateliers proposés l'après-midi : gravure lapidaire. Pour moi, cela évoquait une capitale romaine raide et archi-classique et l'inévitable « Requiescat In Pace ». Quelle "calligraphie" pouvait-on bien tirer de la frappe du marteau sur le burin, sinon une pâle copie d'une borne milliaire romaine ?

C'est Roger Gorrindo qui anima l'atelier de gravure lapidaire cet été là, et les étés suivants aussi, d'ailleurs. Dès la première séance, il nous montra tout ce que la pierre pouvait offrir de souplesse (si! si!), de sensualité (caresser un beau calcaire) et de subtilité (jouer avec les imperfections, les irrégularités) et que tout cela pouvait se transmettre dans la lettre gravée. Cela venait à l'opposé de la calligraphie sur support souple habituelle, pour laquelle la lettre est l'empreinte de l'instantané, la trace de l'émotion du moment. Nous mîmes une après midi entière à faire notre première empreinte (en toute honnêteté, on ne pouvait pas appeler ça une lettre). Mais quelle empreinte ! Elle pouvait durer l'éternité (ou presque) là où les meilleurs parchemins ou papyrus arrivent à peine à survivre quelques siècles.

Lors d'une des soirées, Roger nous fit une projection de diapositives. Contrairement à ce à quoi on pouvait s'attendre, il ne nous montra que quelques unes de ses œuvres. Par contre, il nous présenta une bonne centaine de diapositives sur l'œuvre de Jean-Claude Lamborot, son "maître" (il me semble qu'il a employé le terme) et en tout cas son professeur. Et nous découvrîmes (pour ma part avec stupéfaction) que la gravure lapidaire pouvait offrir une expressivité au moins aussi grande que la trace sur des supports souples, qu'elle pouvait se marier avec un choix de juxtapositions de matières et qu'elle permettait d'envisager l'écriture en trois dimensions, rejoignant ainsi la sculpture.

Il me paraissait incroyable que cet art soit resté confiné dans un cercle restreints de spécialistes et d'amateurs, sans qu'il soit possible d'en admirer les chef d'œuvres autre part que dans le cadre de quelques expositions lointaines (Bruges entre autres) ou quelque lieu reculé où les œuvres sont tellement bien intégrées au cadre général de l'endroit, qu'elles ne se livrent qu'à celui qui savait les voir et les trouver.

Alain Paccoud a eu l'excellente idée de faire sortir la gravure lapidaire de l'ignorance générale et de publier "Lettres de Pierre", un ouvrage écrit par Laure Bernard, qui nous narre ses rencontres avec Jean-Pierre Lamborot. Disons-le tout de suite, ce ne sont pas les reproductions de ses travaux qui m'ont le plus impressionné dans ce livre, bien qu'on y découvre quantités de merveilles. Mais à lire le texte magnifique issu de ces rencontres, on découvre la profondeur de la pensée de cet homme qui semble si discret, de sa connaissance de l'esthétique du signe, de sa vision de la place de la lettre gravée dans l'histoire de l'humanité en général et de l'art en particulier.

Les premiers chapitres nous content le parcours de cet homme, du choc de sa découverte de la lettre à la vue des tables claudiennes, de sa rencontre en poésie avec René Guy Cadou. Puis nous découvrons son apprentissage, comment sa vision de la capitale romaine comme un point de départ va s'épanouir pour arriver jusqu'à l'abstraction parfois, des rapports de l'œuvre gravée au texte qu'elle "interprète", de la lettre signifiante au signe non figuratif et comment il décida d'enseigner ce qu'il avait appris et ce qu'il avait découvert.

Il est impossible de résumer en quelques phrases les innombrables concepts et réflexions qui vous illumineront à la lecture de ce livre et je ne le tenterai donc pas. Lisez-le et vous comprendrez. Sachez cependant, que l'ensemble du livre est parcouru du souffle qui anime cet homme et ce souffle vous traverse à sa lecture. Il ne peut que vous entraîner hors des sentiers battus et rebattus des réflexions classiques sur la calligraphie, et vous montrer le singulier rapport au temps (de création de l'oeuvre et de sa durée de conservation) qui anime cet "artisanat d'art", comme Jean-Claude Lamborot lui-même préfère qualifier la gravure lapidaire.

Pierre-François Besson - La Lettre de Thot No 19 © - Juillet 2004
En illustration : la couverture du livre
Le livre "Lettres de Pierre - Jean-Clause Lamborot - Graveur Lapidaire" est en vente par correspondance auprès de son éditeur pour le prix de 15 euros + 3 euros de port
Alain Paccoud - 25, rue Montesquieu - 01000 Bourg-en-Bresse - Tél. 04 74 21 02 05 - email : alain.paccoud@wanadoo.fr

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La pierre n’a nul secret…


« Le regard voit une vibration,
un mouvement,
une certaine beauté,
même si les lettres sont parfois difficiles
A lire.

C’est un appel à l’attention.

Cela fait penser
à un chant de flûte au loin,
on dresse l’oreille…
Avec les inscriptions lapidaires,
on dresse le regard… »

Jean Claude Lamborot


A l’heure où nous mettons … « sous presse » notre Webzine, nous apprenons le départ de notre ami Jean-Claude Lamborot pour d’autres cieux, pour les vastes carrières enchantées des marbres d’éternité…

Jean-Claude était pour moi, avant toute chose, un ami, un compagnon de route, un compagnon de Lure. Rencontré à la grande époque de Lure (Lure qui veut dire Lumière), je veux dire sous la présidence de Gérard Blanchard, Président puis Chancelier des Compagnons, Jean-Claude m’avait à plusieurs reprises témoigné son amitié, une amitié indéfectible, jamais altérée depuis presque trente ans. Souvent, en repensant à lui, je me remémore ce stage exceptionnel de 1984 auquel j’avais participé, sur la Capitale Romaine. Capitale, dessinée sur calque et gravée dans la pierre durant une semaine… Les enseignants d’alors s’appelaient Jean-Claude Lamborot (graveur lapidaire), Bernard Arin (fondateur du scriptorium de Toulouse), François Boltana (Calligraphe, créateur de caractère, enseignant, prix Morisawa en typographie) …et les élèves avaient pour noms écoutez bien ; Pieter Boudens de Bruges (graveur lapidaire belge), Goedele Soetewey (calligraphe belge), Franck Missant (calligraphe belge), Michel Derre (calligraphe enseignant à l’école Estienne), Kitty Sabatier (calligraphe, artiste graphique à Toulouse), Eric Valat (graveur lapidaire à Toulouse), Franck Jalleau (calligraphe, graveur lapidaire, enseignant à l’école Estienne), Francis Freisz (calligraphe, enseignant à l’école Estienne)… Une émulation rare nous habitait, une amitié longtemps sans faille pour la plupart, sur ce lieu exceptionnel, à Lurs en Provence où souffle l’esprit de Vox et de Giono, avait chevillé en nous la confiance retrouvée de la vocation graphique qu’il nous appartiendrait vingt ans plus tard de restituer dans sa vérité propre au six coins de l’hexagone. C’était une époque splendide qu’il fallait vivre, pour la graver… dans son cœur.

Jean-Claude Lamborot avait reçu en 1981 le Prix Maximilien Vox pour l’ensemble de son œuvre, à cette occasion les compagnons de Lure sous la houlette de Gérard Blanchard et de Rémy Magermans avaient édité un ouvrage en hommage à Jean-Claude. Dans sa préface Charles Peignot, Président fondateur de l’Atypi, reconnaissait en Jean-Claude Lamborot un aïeul, ainsi s’exprimait-il alors : « Ainsi cher Lamborot, votre œuvre est menacée d’éternité. C’est la conscience de cette pérennité qui incite l’homme à vouloir sur sa tombe une pierre gravée à son nom. (…) A quoi donc répond mon désir de vous reconnaître comme aïeul ? Si vos lettres et les nôtres sont fort différentes, elles sont issues de la même racine et se trouvent dans la position de deux branches d’un même arbre qu’anime le besoin des hommes de communiquer entre eux. »

Le secret véritable de la pierre, de la lettre de pierre, serait-il alors celui-ci, celui d’être un support d’éternité ? Et son graveur un maître du Temps ?
Je voudrais aussi avoir une pensée pour la famille de Jean-Claude tout d’abord et pour certains amis aussi, que l’on peut aujourd’hui considérer comme ses fils spirituels, récipiendaires qu’ils furent, de la pensée et de la pratique opérative de la taille de la pierre, de celui que l’on doit bien appeler un maître, Jean-Claude Lamborot. Je pense à mes amis Eric Valat, Franck Jalleau, Roger Gorrindo, tous témoins actifs de la transmission et aujourd’hui expérimentateurs avisés et enseignants de cette pratique. Merci aussi à Alain Paccoud pour l’édition de l’ouvrage « Lettres de Pierre » avec un texte admirable de Laure Bernard, ouvrage remarquablement « chroniqué » ce mois-ci par notre webmaster Pierre-François Besson.

A toi Jean-Claude,
De là-haut, de tes rêves de pierre,
là où la pierre n’a nul secret,
Reçois,
Le Grand Salut de Lure.

TEG © la LdT – juillet 2004.
En illustration : correspondance sur papier pelure et sceau rouge, de JC Lamborot à T E Garnier, 1987. Archives Graphos.
Notre Webzine consacrera un article sur Jean-Claude Lamborot dans « la lettre de Thot » No 21.

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Illuminations

« C'est là la lecture. On lui pourrait donner pour symbole l'idée d'une flamme qui se propage, celle d'un fil qui brûle de bout en bout, avec de petites explosions et des scintillations de temps à autre. »
Paul VALÉRY

Des troupes de coquelicots de plain-chant fredonnent pourtant sur les terres asséchées des livres.

Elles tracent des chemins d'insurrection dans le sommeil cuivré des blés. La lucarne de l'âme s'éclaire brusquement comme une bougie s'enflamme dans sa lanterne. Vous reconnaissez leur hymne les yeux fermés, à l'inflexion des voix sur le blanc du vergé. Vous vous trouvez devant ces pages comme au matin de lire, où tout garderait son innocence d'apparition. En son foyer même, là où ne s'aventurent que les saints de l'écriture, la langue exhale un parfum d'herbe fraîchement coupée. L'air y est irisé, un soleil rubis se lève sur la brume évaporée des clairières d'encre. A vos pieds de lecteur s'envole une perdrix aux rémiges roux cendré. Vous entrez sur le territoire souverain de la bonté. La bonté est un oiseau rare, égaré parmi les bois des sombres concerts du monde. Elle remplit la faïence d'argile pourpre, qui loge dans l'arche du cœur, d'une poussière d'or fin. Une main magnétique se pose sur la conscience à vif, résorbe la fièvre. L'irradiation des sens dresse la carte des contrées secrètes, détecte les sources de feu réparatrices. L'écrivain est un sourcier.
Il y a un mystère du mal où l'on s'obstine à nous égarer sur les liens supposés de la vérité et de la nuit.

Dans ce paysage qui s'arrondit sous vos pas, vous vous aventurez ici dans le mystère du bien.

Sa raison princière fait la terre douce au pas, légère au songe : une volée de primevères bavarde à l'air libre, un rouge-gorge saute à la corde avec un rai de lumière, des anges font de la luge sur des arbres de Judée.

Aucun écrit ne devrait faire plus de bruit que ces sourires.

Comme les doigts aristocratiques des nouveau-nés, délicatement repliés sur des arcs-en-ciel d'Epiphanie.

René Cohen © la Lettre de Thot No 19, juillet 2004
René Cohen est fondateur de la revue de Poésie « Filigranes », est membre fondateur avec Pierre-François Besson et Thierry E Garnier des Associations Graphos & Thot.

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L'écrit tôt


Depuis plus de dix ans, je publie pour les adultes et pour les enfants. Et depuis plus de 10 ans, j’anime des ateliers d’écriture en direction des enseignants, des bibliothécaires, des particuliers adultes et des enfants. Et je me suis interrogée mille fois sur cette pulsion qui me prend de vouloir écrire pour les autres (c’est une chose, je suis écrivain) mais aussi de vouloir FAIRE écrire les autres ? Qu’est-ce que faire écrire veut dire ? Pour les enfants, comme pour les adultes, j’ai conscience que je veux leur transmettre le goût et la reconnaissance de l’image littéraire. L’image littéraire, ce n’est pas facile à cerner, pas facile à enseigner, cela ne peut que se transmettre, comme un microbe. Et cela se transmet par l’usage de la littérature, la littérature étant ce ferment, celle qui apporte " la vie fermentante " dans l’univers de chacun, trop souvent pasteurisé. On ne peut pas être heureux dans un univers pasteurisé. La fonction de la littérature serait donc de faire grouiller les microbes pour ramener la vie, permettre à chacun de réintégrer l’imagination et découvrir la poésie. Travailler avec un écrivain, lire, écrire, toucher à la littérature, qu’on soit enfant ou adulte, c’est prévenir tout le monde qu’on marche vers la singularité. Et ce n’est pas sans danger.

Je fais partie de ces adultes qui ont été des enfants hyperémotifs, anorexiques, et que l’on a élevés en les persuadant que leurs sentiments et leurs émotions sont critiquables et dangereux, qu’ils relèvent du pathologique. Enfant, mon envie d’écrire comme mon besoin d’aimer et d’être aimée ont été pris à la base pour des maladies et soignés comme telles. De l’écriture comme une dystonie neuro-végétative. De la littérature, oui, mais ne ressens rien, ne montre pas tes émotions, c’est mal.

Or, on écrit de tout son corps et nous sommes en train de parler de littérature, de faire écrire des adultes ou des enfants, de les faire lire et de cette émotion esthétique il faut bien tenir compte. Et de son émotion littéraire, de ses capacités à ressentir l’émotion esthétique, il faut être conscient. C’est pourquoi je soutiens qu’un peu comme un analyste qui doit être analysé, l’enseignant qui fait écrire ou qui fait découvrir la littérature à des enfants doit avoir écrit en groupe au préalable, doit avoir été initié à lui-même, à sa propre voix, dans des ateliers. Parce que cela n’est pas facile d’écrire et de lire devant tout le monde, d’être délicieusement malmené par ses propres images littéraires ou par ses révélations et celles des autres. J’ai étudié cette vulnérabilité particulière dans mes ateliers. J’ai observé que lorsque le texte est écrit, et que chaque participant le lit alors à haute voix, il est attentif au moindre changement d’expression de ses auditeurs, il guette les réactions imprévisibles du groupe. Il a pris le risque de dénuder sa voix intérieure jusqu’à devenir tout à fait vulnérable. Il se lit, les autres l’écoutent ou non, il n’en sait rien et il ne peut pas s’en assurer. Deux ou trois fois, il s’enroue. Il n’a pas la force de se racler la gorge. Il faudrait s’interrompre pour cela. Il ne peut pas s’arrêter de se lire et comme sa sensibilité est extrême, il a les yeux qui pleurent. Dans le silence inexplicable, il entend enfin sa vraie voix, sa voie fœtale, sa langue maternelle, des phrases tout humides de lui-même et noires de son fonds. Certes, le groupe entend le texte, il le démêle, il sourit intérieurement mais ce qu’il entend bien plus profondément c’est la voix nouvelle, qui a accepté de se dépouiller, la voix originelle qui affleure, le ton inconnu, la nouvelle caisse de résonance, l’invention de luthier, la nudité enfin trouvée et que, tout à l’heure, se lisant, chacun expérimentera à son tour.

J’ai bien souligné la fragilité émotionnelle qui nous caractérise quand, adulte ou enfant, nous réagissons à l’art, non pas dans la solitude, mais dans le groupe que constitue la classe ou l’atelier d’écriture. J’insiste mais introduire la littérature à l’école, c’est y introduire l’émotion et l’émotion n’est ni une matière ni une discipline. Ça va avec le plaisir, la fierté, la révélation, et c’est complètement explosif !

Dans le parcours du lecteur, de la maternelle à l’université, justement, j’ai remarqué ce que j’ai appelé le syndrome de Stendhal. La beauté peut rendre malade. Les touristes visitant l’Italie et qui contemplaient pour la première fois les chefs-d’œuvre de la Renaissance souffraient d’émotion esthétique qui les rendaient presque hallucinés et insomniaques. Stendhal, visitant Florence, avait connu cet état et nota dans son Journal, en 1817 : " J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, ce qu’on appelle des nerfs, à Berlin. La vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. " Il peut y avoir dans l’expérience esthétique de chacun quelque chose qui les submerge, et, au lieu d’être une révélation et une découverte, l’expérience esthétique devient chaotique et déroutante… C’est le cas souvent quand on travaille avec des adolescents qui découvrent soudain au fond d’eux-mêmes, des beautés et des laideurs dont ils n’imaginaient pas être à la fois le conservateur et le musée.Cela m’est arrivé enfant. Cela nous est arrivé à tous. Quand on ignore le fond des mots, quand on ne connaît pas encore, dans sa chair, les sensations décrites, quand ni l’intelligence ni le bon sens ne peuvent vous raisonner, alors on peut être, à vie, marquée par un livre anodin. La lecture est une rencontre à laquelle personne ne prépare, un danger que personne ne peut écarter. De plus, souvent l’incompréhension est nécessaire à la lecture, elle est un pacte à signer. Lire, c’est être dupe. Pour faire tomber à genoux, un livre n’a pas besoin d’être Bible. Colette raconte qu’elle a ouvert, à la scène de l’accouchement, le Zola interdit, qu’elle avait dix ans et qu’elle s’est évanouie : " Le gazon me reçut, étendue et molle comme un de ces petits lièvres que les braconniers apportaient, frais tués, dans la cuisine. " Quand elle fait horreur, la lecture est aussi inoubliable qu’une atrocité réelle ou un cauchemar récurrent.

Mais on a tous besoin de cette peur, sans laquelle on ne fait pas connaissance avec l’art, sans laquelle on resterait à jamais à la surface des choses. C’est bon quand ça arrive. Et là aussi c’est valable à tout âge. C’est essentiel, pour les enfants, de découvrir la fonction initiatique de la littérature. Si elle effraie parfois, elle est pourtant celle qui soigne aussi, parce qu’elle va loin.

Et je reviens à la singularité de chacun, surtout quand il va vers l’adolescence, et qui est inquiétante. Si je suis singulier c’est que je ne suis pas comme les autres, donc je ne suis pas normal, je m’isole et je souffre. Là, j’attends l’une des merveilleuses fonctions de la littérature, que j’illustre par cette toute petite histoire de Jules Renard, un vrai chef-d’œuvre sur l’ongle intitulé " Le Monstre " :

"   Marthe sort avec sa mère du Salon de peinture, très grave. Depuis quelque temps, elle se pose une question indiscrète et tâche en vain d’y répondre. Cette promenade au milieu de tableaux ajoute encore à son trouble. Elle a vu les plus belles femmes qui soient, sans voile, et si nettement dessinées qu’elle aurait pu suivre, du bout des doigts, les veines bleues sous les peaux claires, compter les dents, les boucles de cheveux et même des ombres sur des lèvres. Mais quelque chose manquait à toutes. Et pourtant elle a vu les plus belles femmes qui soient ! Marthe dit à sa mère un bonsoir triste, rentre dans sa chambre et se dévêt, pleine de crainte. La glace lumineuse et froide rend les images en les prenant. Marthe, inquiète, lève ses bras purs. Telle une branche, d’un lent effort, se déplace et monte un nid. Marthe, candide, ose à peine regarder son ventre nu, pareil à l’allée d’un jardin où naît déjà l’herbe fine. Et Marthe se dit : " Est-ce que, seule entre toutes les femmes, je vais devenir un monstre ? " Venir à la littérature, c’est être enfin parmi ses semblables, dans la même métamorphose, dans la même angoisse et dans la même possibilité de rassurance. Et j’aurais aimé adolescente qu’on me donne à lire ce texte de Jules Renard et non pas des bluettes asexuées. On écrit avec tout son corps, on vit avec tout son corps, on est censé ne pas oublier son corps en route.Je suis extrêmement enthousiaste à l’idée que la littérature contemporaine est importante aujourd’hui pour les enseignants. Et qu’ils vont écrire et faire écrire. Parce que je crois qu’un livre est tout comme une proposition d’écriture. Il permet de prendre conscience en soi d’une révolution. La littérature ne met pas une petite ligne d’ordre dans le chaos d’un cerveau oisif. Elle est un coup de bêche. La rêverie qu’elle lance ou qu’elle déchaîne est " une révolution comparable à celle qu’opère la charrue ou la pelle, lorsque, tout à coup et pour la première fois, sont mises au jour des millions de parcelles, de paillettes, de racines, de vers et de petites bêtes jusqu’alors enfouies. " Que je sois présente dans la classe sous forme de livre ou en tant que formatrice à l’animation d’ateliers pour les enseignants, je sais une chose pour l’avoir vécue : tout lecteur un peu passionné nourrit et refoule, par la lecture, un désir d’être écrivain. Quand la page lue est trop belle, la modestie refoule ce désir. Mais le désir renaît sans cesse. Alors imaginons cette fois que la classe écrit. On a une proposition d’écriture, un sujet. Comment ça marche ? J’ai remarqué qu’à tout âge, du petit enfant au grand vieillard, il y a une reconnaissance naturelle des clichés. Il n’est pas simple de définir un cliché. En théorie, les clichés sont des images au repos, bien constituées et trop bien définies, bref des trucs centenaires qui ont perdu leur pouvoir imaginaire. Et là je reviens à mon image littéraire. Si la littérature entre à l’école, ça veut dire que le cliché en sort ! Cela signifie que l’enseignant et ses collaborateurs artistes se donnent pour tâche de faire inventer d’autres images, des images toutes neuves celles-là, et vivantes de la vie du langage vivant. C’est là le vrai travail de celui qui écrit, presque la seule référence qu’on exige de lui, son seul talent obligé, car l’absence de cette aptitude-là est rédhibitoire. Mais ne pas savoir créer une image littéraire ne signifie pas qu’on ne la reconnaît pas à la lecture, qu’on n’en jouit pas. A tout âge, quand on lit un beau texte, les mains se frottent, les genoux se décroisent, on change de position, les sourires naissent sur des visages de vrais goûteurs, les nez se froncent et enfin on respire.

Créer une image littéraire, c’est écrire. C’est-à-dire qu’on a retrouvé l’originalité, le sens à l’état naissant. Le mot, ce vieux mot, a soudain une signification nouvelle. On le voit déjà quand on fait chercher des mots valises ou des néologismes mais ça ne suffit pas. Il faut que les enfants mettent les mots en mouvement et les rendent à leur fonction d’imagination et qu’il y ait ce travail interne de correspondance et de poésie. L’image soudain signifie autre chose et fait rêver autrement. Sans cela écrire c’est recopier ou se souvenir, et ça ne suffit pas. Il y a d’ailleurs, dans l’édition pour la jeunesse, des réticences de la part de certains éditeurs devant l’image poétique, devant la métaphore. Et l’émotion est piégée, elle reste à l’intérieur du livre, elle est inaccessible au lecteur. Et l’enfant qui écrit en imitant cette littérature-là ne trouvera pas le bord dangereux où lancer sa toupie. La littérature doit être exigeante. Où allons-nous trouver de vrais lecteurs ? Il faudra les former, dit George Steiner, qui caresse la vision " d’écoles de lecture créatrice. " " Une lecture bien faite, dit Charles Péguy, n’est pas moins que le vrai, que le véritable et même et surtout que le réel achèvement du texte, que le réel achèvement de l’œuvre ; comme un couronnement, comme une grâce particulière et coronale. Elle est aussi littéralement une coopération, une collaboration intime, intérieure aussi, une haute, une suprême et singulière, une déconcertante responsabilité… " Et justement, la responsabilité du lecteur, elle est engagée même enfant. Quand on voit le Goncourt et le Renaudot des Lycéens, et les stupidités qui sont proférées par certains adolescents, je pense qu’introduire la littérature à l’école très tôt, c’est justement éviter que des béjaunes déconcertés se prennent pour de grands critiques. Et la critique, le goût, cela s’apprend aussi. La lecture, cela s’apprend. Pour cela, j’ai une formule, rebattue mais claire :

FAIRE ÉCRIRE C’EST BIEN, FAIRE RÉÉCRIRE C’EST MIEUX.

Je m’explique.

Confrontée aux questions des adolescents dans les classes, je m’aperçois que par défaut d’initiation à l’écriture artistique, ils en sont restés, quand ils rencontrent un écrivain, à l’idée d’inspiration. Or l’idée d’inspiration contient celle-ci : ce qui ne coûte rien est ce qui a le plus de valeur et on se glorifie le plus de ce dont on est le moins responsable. Etre écrivain, c’est un coup de bol, ce qui revient à dire, être singulier c’est un coup de bol, être soi-même c’est un coup de bol.

Or, pour l’enfant (ou l’adulte) qui a fréquenté un atelier ou qui s’est frotté à la littérature depuis la toute petite enfance, il sait qu’à la première rature, la première correction, la première réécriture de sa phrase, le principe d’inspiration n’existe plus. L’intelligence, l’émotivité, le travail, la technique effacent ce que le hasard ou la chance avaient imprudemment créé. Et il a une autre idée du monde et de lui-même et de ses capacités. Et surtout de sa propre action, de sa propre pesée sur son avenir.

La littérature n’est pas seulement dans les livres, elle n’est pas seulement dans les livres de littérature. Elle est partout au monde, pas seulement dans les matières littéraires. Je suis kinésithérapeute de formation, je fais beaucoup de sport, et j’ai écrit un livre sur les os, qui s’appelle " La Ligne âpre ". J’ai écrit plus de 40 livres et je n’ai jamais mis les pieds en fac de lettres, sinon en tant qu’écrivain. J’ai presque tout appris en hôpital ou au contact de mes patients. Tout est littéraire si on sait observer, si on sait rêver, et si on sait se servir pour vivre et communiquer avec les autres des mots et des images que l’on prend la peine de créer. Quand la vie blesse, quand les mots blessent, il ne faut pas rester passif, il faut être acteur. La littérature permet d’être actif, de dire sa colère active, de faire d’un mauvais moment une chose qui donne de l’énergie. Quand on a appris à lire et à écrire le plus profond de soi, on a un outil en main. Initier l’enfant à la littérature, c’est lui donner un outil qu’on pourrait appeler avec Bachelard " un inverseur d’hostilité. " Du reste, le journal intime vers lequel se tournent spontanément les adolescents est déjà un pas vers cet " inverseur d’hostilité. "

La littérature, la pratique de la lecture, la pratique de l’écriture, incessamment, de la maternelle à la mort (je ne m’arrête pas à l’université parce que cela nous concerne tous pour notre développement personnel et notre connaissance de nous-même, donc des autres), donc la littérature, l’image littéraire, la poésie, ça retourne à l’état sauvage si on ne s’en occupe pas. Ça s’oublie, ça devient dangereux, effrayant, si on ne fréquente pas les livres tous les jours. Et puis, on ne comprendrait plus les autres. Georges Jean donne l’exemple de celui qui fait des confitures. Il a les mains collantes, il poisse de sirop, la cuisine est sale mais il se régale à faire ses confitures. Arrive un oisif. Cet oisif, qui n’est pas au jeu, qui n’est pas au fait, sera écœuré par l’aspect de la cuisine et il sera écœuré même à l’idée de manger, de partager ces confitures. Voilà sans doute ce qui arrive aux adolescents qui soudain n’ont plus envie de lire. Ils ont perdu le goût de cette cuisine salissante. Or le goût, disait Montaigne, " c’est l’avantage de savoir découvrir partout, avec finesse et promptitude, la mesure du plaisir de chaque chose. " Enseigner l’usage du goût c’est enseigner une vraie philosophie de la vie.

Enfin, pour conclure, je voudrais rappeler une fonction de la littérature que je trouve essentielle. Donner du plaisir, sublimer en s’évadant par le haut, rassurer, épanouir, échanger, communiquer, etc., certes, mais il y a aussi la fonction de suppléance. Enfant, on voulait être explorateur, médecin, spationaute, sculpteur et photographe et puis on n’a pas eu le temps et on est que ce qu’on est, pas forcément des ratés d’ailleurs. Parce qu’il y a tout l’élan vital dans une image littéraire, la littérature sera là, tout au long de notre existence, pour redonner vie à nos occasions manquées.

Régine Detambel © avec l’aimable autorisation de l’auteur pour la LdT No 19.
Sur : http://www.detambel.com/detambel/pages%20html/ATELIERS/atelier%20en%20milieu%20scolaire.html

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Le signe


Pour nos retrouvailles… pas de tatouage infamant – pas de chien sur le front – de barres sur le bras – ni de cercle autour du biceps ou près de l’épaule – ni de petits points au coude –

Non… l’invisible calligraphie qui nous réunit commence sur ta poitrine, tout près du cœur, allant jusqu’aux reins, s’enroule autour de ma taille pour se terminer sur ma hanche gauche. Complémentaire et secrète - invisible à l’œil profane.

Aiguilles, poudre de blanc de plomb : mutuelles et alternatives séquences pour la fine ouvrage… durant chaque saison.

Pas plus de trois centimètres carrés de peau à chaque fois – pas plus de six cents coups d’aiguilles chaque jour, suivis d’un bain chaud… Si l’immersion fut chaque fois pénible, elle nous apportait le soulagement attendu pour respecter les lois de jeûne et d’abstinence
(vins et amour viendrait plus tard… disait la sorcière).

LE SIGNE NOURRISSANT PRENAIT CORPS EN MÊME TEMPS
QUE NOUS - MÊMES…

Il nous protégeait de tous les dangers, en particulier du danger mortel des mots, nous rendait parfois transparents, parfois foudre violente et rapide ou pure turbulence avec grands pouvoirs sur le vents, la terre, le ciel et l’eau, nous procurant éternelles vigueur à nous… êtres d’argile.

Calligraphie légère… SEULS NOUS POUVONS L’ ADMIRER … puisqu’elle apparaît uniquement lors de l’ivresse et du désir subtil…

UNE AUTRE la voyant sur toi en mourrait
UN AUTRE la voyant sur moi en mourrait
A L’ INSTANT MÊME

Après un automne, un autre, puis un autre, sa perfection acheva la levée de la dormance….

ET LES MOTS PURENT ENFIN ADVENIR.


Anne-Marie Jeanjean
© La LdT No 19
(variation sur un fragment extrait de
LA VEINE BASILIQUE
paru en 2001 aux Ed. L’Harmattan)
Pour en savoir plus : www.am-jeanjean.com

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Paris 1400


Paris 1400 – les Arts sous Charles VI

Encore quelques jours… jusqu’au 12 juillet, pour visiter au Louvre, cette fabuleuse exposition consacrée aux beaux-arts ; peintures, sculptures sur ivoire, enluminures, tapisseries, émaux, armes d’apparat, etc., tous les plus beaux chef-d’œuvres d’une production florissante à la cour des « Princes aux fleurs de Lys  » sous le règne de Charles VI (1380-1422).

A voir bien sûr, pour les amateurs éclairés, les manuscrits enluminés des frères de Limbourg, Paul, Herman et Jean ; réalisés pour le Duc de Berry, enluminures habituellement conservées au Musée Condé de Chantilly. La collection du Duc était pour l’époque à nulle autre pareille ; des bibles historiées, des bréviaires et des missels, des livres d’heures… L’art à la cour de Bourgogne rayonne dans toute l’Europe et les meilleurs artistes travaillent pour ces mécènes qui concurrencent directement le pouvoir royal.

Une exposition qui concerne tous les amateurs d’arts au Moyen Age, et où, bien sûr, la calligraphie et l’enluminure ont la part belle.

A noter encore, que ce n’est pas moins de quatre expositions sur «Les Arts en France au XVe siècle» que nous pouvons admirer actuellement ; avec au Musée Condé, château de Chantilly, « Les très riches heures du Duc de Berry » jusqu’au 2 août, au Musée des Beaux-Arts de Dijon « L’art à la cour de Bourgogne » jusqu’au 15 septembre, au Château de Blois « Louis d’Orléans et Valentine Visconti » jusqu’au 26 septembre.

Vous voilà informés !

Graphos - La LdT No 19, juillet 2004
« Les arts en France en 1400 » Musée du Louvres, hall Napoléon
du 26 mars au 12 juillet 2004 - réservations : 01 40 20 55 00
voir aussi sur : www.louvre.fr

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Des nouvelles de Livingstone


Christie's va vendre aux enchères une missive que le célèbre explorateur britannique abandonna dans une bouteille à l'embouchure du Zambèze.

C'est l'histoire vraie d'une lettre trouvée dans une bouteille. Une missive abandonnée sur un banc de sable, à l'embouchure du Zambèze, le 25 mai 1859, par un certain David Livingstone, consul des colonies britanniques de l'Afrique de l'Est et explorateur distingué de Sa Majesté. Les 7 et 8 avril 2004, à Londres, Christie's mettra aux enchères le précieux pli, avec le reste de la faramineuse collection de feu Quentin Keynes, photographe de la vie sauvage et arrière-petit-fils d'une autre vieille gloire britannique, Charles Darwin.

Mai 1859. Depuis près d'un an, le Dr Livingstone, découvreur des chutes Victoria en 1855, parcourt les jungles inexplorées de l'Afrique australe. A l'embouchure du fleuve Zambèze, il fait halte une semaine sur un îlot du delta, le temps d'attendre un navire de la Royal Navy qui n'arrivera jamais. Ou plutôt qui viendra trop tard : Livingstone et ses hommes sont déjà repartis. Un marin du HMS Persian découvre un flacon. A l'intérieur, un message, où Livingstone raconte que « plusieurs membres de l'expédition ont souffert de fièvres, heureusement sans gravité » et réclame des vivres et des provisions de sel. Détail insolite, sa lettre indique également la position géographique de la bouteille où est glissée... la lettre: « Déposons ceci dans une bouteille à dix pieds au nord magnétique d'une marque incisée dans la borne de l'île. » Signe de fatigue, diagnostiquent finement les experts.

Le chirurgien du bord récupéra le billet, que sa famille conservera précieusement jusqu'à sa vente aux enchères, en 1957. Une occasion inespérée pour Quentin Keynes, fougueux aventurier de 36 ans: « Romantique comme je le suis, j'ai toujours ardemment désiré posséder un manuscrit original de Livingstone rédigé lors de l'une de ses expéditions africaines, écrit-il en 1973 dans un essai consacré à l'illustre missionnaire. Dans les récits d'aventures que je lisais enfant, les explorateurs avaient l'habitude d'envoyer leur courrier dans des bouteilles... » Tom Lamb, expert en manuscrit chez Christie's, confirme: « On s'imagine que ces messages sont une invention romanesque, mais la réalité s'avère parfois plus fabuleuse encore que la fiction. » Pour Margaret Ford, directrice du département des manuscrits de Christie's, le document est d'autant plus précieux qu'il fait écho au journal tenu par l'explorateur: « C'est la preuve factuelle d'événements dont nous avions connaissance d'après ses carnets. »

En 1958, Keynes part sur la piste de sa lettre chèrement acquise, dans le delta du Zambèze. Déçu de ne trouver aucune trace de l'emplacement où fut découverte la bouteille, il se console en rencontrant un autochtone dont le grand-père avait côtoyé Livingstone. L'homme lui indique une marque sur le tronc d'un baobab: les initiales D et L entrelacées, identiques au paraphe du docteur. Depuis, le gouvernement du Mozambique a classé le baobab monument historique.

La collection de Keynes, évaluée à 3 millions de livres, comporte d'autres trésors d'une époque où les directeurs de journaux étaient assez fous pour envoyer leurs reporters à la recherche des explorateurs disparus en brousse : ainsi le Britannique Henry Stanley, du New York Herald, parti de Zanzibar, finit par débusquer le Dr Livingstone (« I presume? ») à Ujiji, sur les rives du lac Tanganyika, avant de continuer son chemin, effectuant la première traversée de l'Afrique d'est en ouest. Dans le lot, une autre correspondance de Livingstone qualifie son confrère, Sir Richard Burton, découvreur des sources du Nil, d'épouvantable ruffian et doute de la véracité de son voyage à La Mecque. La lettre du Zambèze devrait être adjugée entre 25 000 et 35 000 livres sterling. Mais l'histoire ne dit pas ce qu'il est advenu de la bouteille.

Marion Festraëts ©
Communication de Martin Frenette sur l’Agora des Bibliophiles.
http://pages.infinit.net/mflibra1/agoram.htm

David Livingstone

Missionnaire et explorateur britannique (Blantyre, Écosse, 1813 — Chitambo, Afrique, 1873).

David Livingstone est né dans une famille pauvre. Il travaille dans une usine de coton dès l'âge de dix ans et ne fréquente aucune école; mais, très intelligent et appliqué, il s'efforce d'acquérir, au cours de son adolescence, l'instruction qui lui fait défaut. Homme de grande foi, il ressent, dès l'âge de dix-neuf ans, le besoin d'évangéliser les populations africaines et, dans cette perspective, suit des cours de médecine à l'université de Glasgow pour devenir missionnaire. Il est accueilli, en 1838, par la Société missionnaire de Londres, qui l'envoie en 1841, après un séjour au Cap, au Bechuanaland (aujourd'hui Botswana).

Un missionnaire-médecin

Ce missionnaire-médecin se double, à partir de 1849, d'un grand voyageur, qui explore l'Afrique australe et centrale; cette année-là, il traverse le désert du Kalahari et atteint le lac Ngami, traversée qu'il effectuera à nouveau en 1850, en 1851 et en 1853.

Son expédition de 1851 (au cours de laquelle il découvre ce qu'a été la traite des esclaves) le conduit au Zambèze; en 1853, il remonte ce dernier fleuve et se dirige, vers l'ouest, jusqu'à la côte atlantique, atteinte à Luanda (Angola); repartant en sens inverse, il revient au Zambèze, qu'il descend jusqu'à son delta, sur l'océan Indien, après avoir découvert les chutes de Victoria: premier Européen sans doute à l'avoir fait, il aura traversé l'Afrique australe de part en part, d'ouest en est.

Lors de sa grande expédition de 1858-1864, il remonte le Zambèze jusqu'à son confluent avec le Chiré, puis celui-ci jusqu'au lac Nyassa, dont il explore les régions environnantes. Enfin, en 1866, de Zanzibar il gagne à nouveau le lac Nyassa et atteint, au-delà, le lac Tanganyika, démontrant ainsi que le Nil n'y prend pas sa source; c'est sur le bord de ce lac que le retrouve Stanley en 1871. À peine remis de sa dernière expédition, Livingstone repart en 1873 à la recherche de la source du Nil, mais meurt de dysenterie à Chitambo, sur les rives du Tanganyika.

Livingstone et la traite des esclaves

Tolérant et bienveillant, Livingstone s'est toujours efforcé d'entretenir de bons rapports avec les indigènes, dont il était aimé, et de convaincre leurs chefs de la nocivité de la traite.

Il s'efforce, d'autre part, de soulever l'opinion publique anglaise contre ces pratiques, notamment lors de son séjour en Grande-Bretagne en 1856, multipliant les conférences et les publications (dont la plus connue est sa Relation de l'exploration du Zambèze et de ses affluents), attirant ainsi l'attention du gouvernement britannique sur l'Afrique du Sud. Considéré comme un bienfaiteur de l'humanité, il fut inhumé à Westminster.

Sur : http://fr.encyclopedia.yahoo.com

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