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Numéro
51
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Ami, vous qui êtes de passage… Vous êtes convié à venir visiter régulièrement notre site. Vous y trouverez tous les mois de nouveaux articles sur le thème de « l’Écrit », des réflexions artistiques, des poèmes, des calligraphies et des images graphiques… |
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avec Laurent Pflughaupt L’exposition de calligraphie de l’année 2007 se trouve à Limoges, à la Cité des Métiers & des Arts ! La Cité des Métiers et des Arts (CMA) a vu le jour sur l'initiative des Compagnons et Meilleurs Ouvriers de France, c’est un lieu magique et privilégié pour une manifestation de calligraphies de grande envergure ! Vous avez découvert en avant-première sur notre >[WebGalerie] le 1e mai dernier les premières images de cette exposition… C’est bien sûr l’événement de l’année 2007 pour la calligraphie latine !
Graphos était évidemment présent est nous avons à cœur pour cette Lettre de Thot No 51, de vous donner un aperçu du reportage que nous avons fait sur place lors du vernissage de l’exposition. Nous vous proposons également une interview exclusive pour la >[LdT], de Laurent Pfulghaupt, maître d’œuvre de ce projet, qui a su initialiser avec quelques amis calligraphes une superbe manifestation dans des locaux propres à valoriser de fort belle manière ce projet. Nous y avons été accueilli chaleureusement le 4 mai dernier pour le vernissage, par une équipe compétente et dynamique, et nous tenons à remercier particulièrement Patricia Martzel et Céline Boudy pour le vif intérêt qu’elles ont porté à ce projet dès sa création… Alors… si durant l’été vous passez non loin de la capitale des arts du feu, ne manquez pas de faire une halte à La Cité des Métiers et des Arts, voir cette très riche exposition consacrée à la calligraphie latine ! Cela vaut le détour... et même le déplacement ! Graphos – La LdT No 51 |
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Un aperçu de cette
exposition se trouve
Un sous-titre viendra s’ajouter pour définir « Ker » ainsi que les éléments habituels de l’affichage de la CMA. Salle 1 : le concours « J’écris donc je suis ». Le succès remporté l’année dernière par le concours « Raconte-moi le nombre d’or », auquel plus de 100 scolaires ont participé, a incité la CMA a organisé un autre concours. Il s'agit cette fois de calligraphier la célèbre phrase d'Anaxagore : « l'Homme pense parce qu'il a une main. » Ce concours doit sensibiliser le public à l'importance de l'écriture et de son histoire. Nous souhaitons vivement impliquer les Limousins dans notre démarche afin de créer une émulation sur toute la région et au delà. La réalisation, si elle est sélectionnée par le jury, se verra récompensée et sera exposée au sein de la Cité des Métiers et des Arts. Les candidats peuvent réaliser tous types de travaux que leur inspire le thème du concours, et cela sur tous types de supports: papier, bois, faïence, toile, métal, terre cuite, mosaïque… Les œuvres doivent s’inscrire dans un format maximum de 50cm x 70cm. L’analyse des travaux sera réalisée par un jury nommé par les organisateurs du concours. Le jury tiendra compte des recherches effectuées par les candidats. L’esthétique, mais surtoutl’originalité départageront les œuvres. Les résultats seront annoncés lors de l’inauguration de l’exposition, le 4 mai. Cinq œuvres en tout seront retenues et recevront un prix. Elles seront exposées dans le cadre de l’exposition. Salle 2 : historique des écritures et plus particulièrement des écritures latines Du matériel de calligraphie (prêté par les calligraphes), d’imprimerie (prêté par les calligraphes et le Moulin du Gôt), d’anciens ouvrages (prêtés par la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges), des documents historiques (prêtés par le Musée de l’Evêché) seront exposés. Viendront s’ajouter à cela des œuvres de calligraphie « classique » qui illustreront l’historique. L’historique de l’imprimerie et du papier est aussi retracé aux visiteurs. Couloir : Les modes d’écritures dans les métiers / le nombre d’or et la calligraphie Ces thématiques sont illustrés par des travaux de calligraphie sur des supports de différentsmatériaux (bois, ardoise, porcelaine, pierre…etc) et en rapport avec le Nombre d’Or. L’intervention de l’écriture dans les métiers, notamment ceux du bâtiment est d’ailleurs passionnante. A ce propos, dans ce domaine, on ne parle alors pas de calligraphie mais de « marques ». Les « marques » les plus connues sont sans doute les marques lapidaires utilisées depuis des siècles par les tailleurs de pierre. Aux pierres de taille, on appose des marques identitaires qui permettent prosaïquement la rémunération du tailleur. Il possède un signe reconnu par tous sur le chantier. Ce signe remplace le nom dans une société où écrire est un privilège. Aussi, une marque requiert moins de temps à graver qu’un nom. Cette marque doit être discrète pour ne pas nuire à la beauté de la pierre. En général, on la place au centre d’une face du bloc, aisément repérable. Elle peut être gravée, dessinée avec une mine pour les pierres dures. La finalité de cette marque est d’être vu par le contre-maître qui note, grâce à elle, le nombre de pierres taillées par chacun. Les relevés sont faits jour par jour avant la pose des pierres, ou une fois le mur construit. Donc, un mur sans marque apparente n’est pas forcément un mur sans marque. Les faces gravées peuvent être pris dans la maçonnerie une fois les marques relevées. Chez les charpentiers, on parle aussi de « marques », qui constituent ce que l’on appelle l’alphabet des charpentiers. Les marques et chiffres employés dans la charpente pour reconnaître les pièces se font en général à la rainette, avec laquelle on ne peut faire rapidement que les lignes droites ; c’est ce qui explique que les chiffres et les marques soient tous formés par des lignes droites. Les chiffres sont à peu près semblables aux caractères anciens dits « chiffres romains » sauf le n° 9 que l’on fait comme le 6, en prolongeant le 1 jusqu’au sommet de l’angle ; 50 se marque comme un L, 100 avec un C et 1000 avec un M. Grandes salles centrales : la calligraphie contemporaine Chaque calligraphe expose ses œuvres personnelles et chacun présente 3 travaux en rapport avec le compagnonnage en plus. Les œuvres sont présentées pêle-mêle et des explications quant à leur démarche sont données, ainsi que des présentations biographiques de chacun. Ces salles accueillent également la main articulée de Kévin Ducros (ancien élève de l’École Boulle) que l’on placera au centre de la salle. Des vitrines présentent des livres d’artistes. Patricia
Martzel & Céline
Boudy |
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La Cité des
Métiers et des Arts, L'impulsion originelle La Cité des Métiers et des Arts a vu le jour sur l’initiative des Compagnons et Meilleurs Ouvriers de France. De nombreuses raisons ont conduit à ce projet de reconquête patrimoniale : tout d’abord la demande croissante de visites par les touristes et les limougeauds, mais aussi le nombre important de chefs d’œuvre réalisés chaque année par les Compagnons et l’impossibilité de mettre en valeur dans un lieu convenable les œuvres exceptionnelles. Un concept novateur Centre de sensibilisation au travail à la main, la Cité des Métiers et des Arts propose ainsi aux visiteurs une exposition permanente qui présente le compagnonnage et ses œuvres. Elle tendà valoriser les métiers manuels et à susciter des vocations. Centre de l’art compagnonnique, la CMA se définit également comme un lieu de libre expression, sensible aux nouvelles démarches artistiques, en leur offrant des espaces d’expositions temporaires en sous-sol. En effet, par ses différentes animations, la Cité des Métiers et des Arts se veut un centre citoyen, ouvert à tous ; un lieu de rencontres et d’échanges privilégiés. Le site La Cité des Métiers et des Arts a élu domicile en un lieu chargé d’histoire, propriété de la ville de Limoges : le réfectoire du séminaire diocésain. Edifié sur les vestiges de l’Abbaye bénédictine de la Règle (IXème -XVIIIème siècle), cet édifice a vu le jour lors d’une phase d’extension du séminaire au XIXème siècle (entre 1851 et 1905). Cette opération de réhabilitation, alliée à celles des maisons de la rue de la Règle, a permis aux Compagnons de sauvegarder une partie du quartier et un cadre de vie unique au cœur de Limoges. L'exposition permanente Le rez-de-chaussée permet de découvrir les corporations composant la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment et les Meilleurs Ouvriers de France (MOF). Plusieurs métiers du bâtiment y sont présentés dans des espaces bien définis à doubles vitrines latérales. Concernant les œuvres des MOF, la Cité des Métiers et des Arts met l’accent sur les savoir-faire locaux, principalement les arts du feu (porcelaine, émaux champlevés, cuivre, vitraux). Cette exposition est composée de plus de 75 chefs-d’œuvre dont certains pourraient être qualifiés de « remarquables » : le plus ancien de la collection, dit le chef d’ œuvre d’Auxerre (1850), la porte en noyer de Pierre Louis ou encore le temple de Neptune de style dorique. Sur la mezzanine, il est proposé aux visiteurs de réaliser symboliquement, un Tour de France de Compagnon, en accompagnant un jeune itinérant dans les étapes de son périple, et en découvrant les principes de son enseignement. Les expositions termporaires En sous-sol, inaugurées en Juin 2002, des salles voûtées accueillent des expositions ponctuelles, dans le cadre d’une programmation culturelle définie annuellement. Tout en agrandissant les surfaces d’exposition, elles sont des espaces d’ouverture et d’accessibilitéà d’autres formes d’art. Contiguës au réfectoire du séminaire, ces caves ne laissent plus apparaître la moindre élévation en surface ; seul leur escalier de sortie est couronné d’un kiosque « en impériale », en ardoise et cuivre. A l’instar du réfectoire, elles ont été bâties au XIXème siècle et étaient utilisées comme resserre par les séminaristes. Le centre documentaire Ce centre documentaire ouvre depuis peu à tous les portes du savoir et des savoir-faire. Cet espace modulable regroupe également des supports numériques sur une thématique de sensibilisation au travail de la main. Un point multimédia y permettra prochainement l’accèsà Internet. Outre des ouvrages généraux sur le compagnonnage et l’artisanat d’art, cet espace documentaire, en proposant des romans historiques, des bandes dessinées, des livres pour les enfants ou des ouvrages sur l’architecture régionale accueille les petits comme les grands. Les ateliers du savoir-faire Dédiés aux 8-14 ans, ces ateliers ont pour vocation l’apprentissage des savoir-faire, la découverte des matériaux basiques tels que le bois ou la pierre, les outils traditionnels, et la sensibilisation des plus jeunes aux métiers de la main. Au programme : réalisation d’un panier en bois, création d’un miroir en mosaïque, initiation à la marqueterie, réalisation plâtre, fabrication d’un jeu « le solitaire » et la réalisation d’un porte-crayon en bois. Des stages sont également organisés pendant les vacances deToussaint, Février et Pâques. La saison
estivale 2007 Depuis l’ouverture de ses salles voûtées en 2002, la Cité des Métiers et des Arts propose chaque année pendant l’été des expositions temporaires. La saison estivale 2005 était consacrée à la célébration du bicentenaire de la naissance d’Agricol Perdiguier, Compagnon Menuisier, tandis que 2006 a vu le « Nombre d’Or » à l’honneur. Pour son exposition 2007, la Cité des Métiers et des Arts a choisi de mettre en avant : « La Calligraphie »
Travail de la main, du corps, de l’esprit, la calligraphie est un chemin de connaissances. Lettres ou signes, les artistes expriment leur vision du monde. Manifestant un véritable travail de recherche, chacun se crée un univers personnel en travaillant sur le graphisme et la structure de la lettre, le dynamisme du trait et l’esthétisme d’une composition. Il est étonnant de constater combien supports et techniques varient d'une composition à l'autre, de même que les formes et matières des textes, surprenant de découvrir des produits et instruments de toute sorte : pigments, gomme arabique, gomme sandaraque, conservateurs, pierre d'agate, tire-ligne, compas, plumes, caractères typographiques en bois et en plomb... Au-delà du sens, la calligraphie traverse l’histoire, les lettres se transforment, s’adaptent aux exigences et aux goûts des époques. Depuis les manuscrits, les actes notariés, les belles pages d’antiphonaires, la lettre témoigne de l’extraordinaire créativité de notre civilisation. Cette exposition se tiendra au sein des salles voûtées de la Cité des Métiers et des Arts du 4 mai au 31 août 2007. Elle est organisée par la Cité des Métiers et des Arts, en partenariat avec des calligraphe parisiens de renom : Laurent Pflughaupt, Stéphanie Devaux, Jean-Marie Dommeizel, Denise Luc, Marie-Cécile Daufour, David Lozach, Romain Fournier ; Thierry Emmanuel Garnier de Marseille et Sophie Larigaldie, installée quant à elle à Limoges. Histoire de la calligraphie La calligraphie ou « l’art de bien former les caractères d’écriture » trouvent ses origines dès le quatrième millénaire avant notre ère avec l’ancienne écriture sumérienne dit « cunéiforme ». Dès lors se développe un art de la calligraphie dans de nombreuses civilisations qui développent l’écriture. En occident, d’abord réservé aux clercs, l’art de la calligraphie a laissé place à la typographie du fait de l’apparition de l’imprimerie; puis au traitement de texte, qui n’a nullement modifié le rapport à l’acte d’écrire chez l’Homme. Ces dernières années marquent un nouvel élan pour la calligraphie, chaque artiste s’exprime à sa façon à l’aide de lettres de mots ou de phrases sa vision d’un monde peuplé de signes. Manifestant un véritable travail de recherche, les supports et les techniques varient d’une composition à l’autre, de même que les formes et matières des textes. |
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Né le 2 février 1964 à Algrange (Moselle) - Diplômé de l'École Municipale Supérieure des Arts & Techniques de la Ville de Paris - Graphiste indépendant depuis 1989 - Enseignant en Arts Graphiques - Président de l'association Ductus de novembre 1996 à septembre 2000. « ...devenu à mon tour faiseur d’images, je choisis souvent d’inclure les légendes à l’intérieur de mes peintures. La calligraphie confère une forme originale aux lettres, aux mots, aux phrases; et les lignes du texte, non plus seulement horizontales mais aussi verticales, obliques ou ondulées, structurent mes compositions, tout en proposant un nouveau chemin à la lecture. La légende est ainsi devenue image dans l’image… » Laurent
Pflughaupt Voir aussi de Laurent Pflughaupt sur notre >[WebGalerie], Galerie Graphos, l’exposition du 1e janvier au 15 mai 2004. … Et bien sûr, son site Internet - http://le-callysteme.com Graphos - juillet 2006 - © & DR – LdT No 51 Interview Graphos « Ker » Graphos : « Ker » qu’est ce que c’est ? Quelle est cette appellation, pourquoi ce nom pour une exposition de calligraphie latine ? Laurent
Pflughaupt : En tant
que racine indo-européenne,
le groupe ker (ou sker) est à la
base des substantifs cerf et cerveau,
mais
surtout, et c’est ce qui a
justifié ce
choix de titre, du verbe écrire.
Sous la forme kar, il désignait
la pierre. L’écriture, dans son sens premier, s’apparente ainsi à la gravure ou au dessin sans toutefois préciser qu’il s’agit là de la notation de signes conventionnels destinés à fixer les sons d’une langue. Cet aspect du mot nous intéresse, nous autres calligraphes, dans la mesure où nous travaillons plus particulièrement la forme des lettres, cherchant à mettre en avant l’esthétique des signes. On peut également évoquer le ker breton, dont l’origine cargos signifiait « place fortifiée ». Depuis, précédant le nom donné par son propriétaire à sa propre maison, il prend le sens de « demeure ». Il figure alors, peint ou gravé, sur la façade de certaines maisons, et parfois sous sa forme abrégée, qui consiste en la lettre K dont la branche inférieure est barrée. Origine du projet Graphos : Peux-tu nous parler de ce projet ? Quelle est son origine ? Laurent Pflughaupt : Je participe depuis plusieurs années au Salon International des Jeux et de la Culture Mathématiques, présidé par madame Marie-José Pestel. Il y a 2 ans, des compagnons ébénistes de Limoges y avaient un stand, non loin de celui que j’occupais. C’est ainsi que les premiers contacts se sont noués, mais surtout grâce à la présidente de ce salon qui, quelques temps plus tard, a eu la gentillesse de nous mettre directement en relation avec la Cité des Métiers et des Arts de Limoges. Historique et contemporaine Graphos : Il y a deux articulations essentielles dans cette exposition, une partie historique et une partie qui concerne la calligraphie contemporaine. C’est un choix délibéré d’associer ces deux facettes de la calligraphie latine ? Laurent
Pflughaupt : La paléographie,
autrement dit l’étude
des anciennes écritures, nous
renseigne sur le caractère
adaptatif des écritures manuscrites.
La forme des lettres, la mise en
page
ou les décorations marginales
nous renseignent sur l’esprit
et les exigences de l’époque
qui les engendre. Tout comme aujourd’hui
où la tendance est à la
fragmentation des signes, au morcellement
des traits, à l’insertion
d’un effet de matière
dans le texte, qu’il soit calligraphié ou
imprimé. Trop près de nous, sans doute, ces manifestations passent inaperçues aux yeux des profanes, mais sont suivies très attentivement par les créateurs actuels. Les rencontres prévues à la Cité des Métiers et des Arts de Limoges, à l’occasion de cette exposition, étant de nature pédagogique, il me semblait important d’associer ces deux caractères de l’écriture, ancien et moderne. Qui pourrait, sans cette référence à ce qui a déjà été fait, comprendre les phénomènes qui poussent les calligraphes actuels à détourner l’usage des tire-lignes, à découper des canettes de bière pour fabriquer des outils scripteurs, ou encore à faire éclater les traits d’une graphie expressive ? C’est pour apporter des réponses à ces questions, mais aussi pour échanger avec le public sur nos propres créations que nous avons créé cet évènement.
Des têtes d’affiche bien entourées Graphos : Aujourd’hui la calligraphie se développe de formidable manière en France et les « têtes d’affiches » peu nombreuses il y a encore quelques années se trouvent bien entourées par les nouvelles générations… Quel est ton constat par rapport à cette manifestation ? Laurent Pflughaupt : Je ne peux que me réjouir de l’essor que prend la calligraphie en France. À vrai dire, je suis surtout heureux de constater que l’ambiance qui à présent règne dans les cours, les stages ou les expositions est bien meilleure qu’auparavant. Moins de compétition, plus d’échanges, de vraies amitiés, nées de patience et de partages, la volonté et le temps passés ensemble à la recherche de nouvelles pistes sont autant de facteurs décrivant les relations actuelles des calligraphes entre eux. Il n’en était vraiment pas de même autrefois, du temps où deux « têtes d’affiche » régnaient en France et où il s’agissait de choisir son camp. Puis vint la deuxième génération de calligraphes, dont je fais partie, puis la troisième constituée principalement d’élèves de la seconde (génération). Et ces derniers travaillent bien, vraiment. Mes propres élèves, dont je pourrai mieux parler, prouvent par leurs productions, variées et créatives qu’ils ont parfaitement intégré les notions de composition, d’espace, de contraste et autres inhérentes à la calligraphie. C’est très encourageant. Certains ont illustré des ouvrages, d’autres exposent régulièrement, ils donnent à leur tour des cours, organisent des stages en France et à l’étranger, ou interviennent sur des tournages de films. Par ailleurs, le réseau fonctionne bien, ils se connaissent pour avoir participé à de mêmes salons, ou pour avoir exposé ensemble, et n’hésitent pas à se répartir les tâches lors d’un travail conséquent (enveloppes en nombre, diplômes…) Vraiment très encourageant. Impostures Graphos : On assiste actuellement avec cet engouement certain pour la calligraphie latine à de véritables dérives, pour ne pas dire des impostures – où l’on voit de plus en plus de personnes avec un bagage en calligraphie extrêmement faible, parfois inexistant, s’intituler « calligraphe » ? Qu’en pense-tu ? Ne serait-il pas temps d’essayer de « normaliser » un peu, sans trop de cadres certes, mais avec des convictions certaines, une matière d’excellence comme la calligraphie, qui tend de surcroît à se professionnaliser de plus en plus ? Laurent Pflughaupt : S’autoproclamer calligraphe est un droit. On peut également s’autoproclamer peintre. Un mauvais peintre aura cependant peu de chance de vendre ses œuvres et d’être reconnu par ses pairs… Il semble, par ailleurs, très délicat de chercher à donner une définition du « beau » ou de tenter de normaliser la calligraphie, sa nature artistique lui conférant, selon moi, toutes les latitudes de recherches et de créations. D’autre part, sur quels critères pourrions-nous nous fonder pour juger actuellement de la qualité d’une œuvre ? La composition, la force ou l’audace du graphisme, son élégance, ses contrastes, le respect fidèle des modèles historique peuvent sans doute s’avérer déterminants. Pour autant, dans le cadre de mes cours, je constate que bien des travaux réalisés par les auditeurs, et ne comportant pas ces précédentes données, fonctionnent très bien. De ces compositions, ignorant sciemment l’harmonie ou la régularité des tracés, se dégage une grande puissance expressive, et c’est bien cela qui m’intéresse actuellement. Ainsi me semble-t-il plus important de concentrer nos énergies à éduquer l’œil du public. Les expositions, les conférences, les happenings, les livres et les revues, les murs, les vêtements, les trottoirs constituent les moyens et les supports grâce auxquels nous pouvons nous faire entendre. La Cité des Métiers et des Arts nous offre aujourd’hui cette occasion d’agir…
Avenir Graphos : Selon toi, quels sont les paris à gagner, pour les 20 ans à venir, pour la calligraphie latine ? Vers quoi tend-t-elle ? Vers quelle valeurs nouvelles ? Peut-on espérer un réel renouveau de cet art ? Laurent Pflughaupt : Les travaux de Brody Neuenschwander, ceux de Kitty Sababier ou de Denise Lach donnent déjà, selon moi, un aperçu de ce que sera la calligraphie plus tard. Le renouveau est déjà en place, la production des calligraphes de troisième génération le prouve et me rend confiant en l’avenir de cette discipline en pleine mutation. Graphos
- juillet 2006 - © & DR – LdT
No 51
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